2348

Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

09/02/2008

Vie d'Antoine Peluchet

"Il faut alors imaginer qu'un jour, Toussaint perçut dans le fils ,quelque chose, geste, parole ou plus vraisemblablement silence, qui lui déplut: une pesée trop légère aux mancherons de la charrue, une paresse à vivre, un regard qui demeurait obstinément le même, qu'il se posât sur des seigles parfaits ou des blés où s'est roulé l'orage, un regard pareil à la terre innombrable et toujours la même.Or,le père aimait son lopin: c'est à dire que son lopin était son pire ennemi et que, né dans ce combat mortel qui le gardait debout, lui tenait lieu de vie et lentement le tuait, dans la complicité d'un duel interminable et commencé bien avant lui, il prenait pour amour sa haine implacable, essentielle. Et sans doute le fils rendait-il les armes,parce que la terre n'était pas son ennemie mortelle: son ennemi à lui, c'était peut-être l'alouette qui va trop haut et trop bellement, ou la vaste nuit stérile, ou les mots qui flottent autour des choses comme des défroques achetées en foire; et à quoi dès lors, se mesurer?

Pierre Michon   [Vies minuscules]

13:50 Publié dans Livre | Lien permanent | Commentaires (0)

Les commentaires sont fermés.