2348

Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

23/02/2008

Iris, la révélation

"Je n'ai aucun souvenir de la robe qu'elle portait ce premier soir, mais je sais que ses bras minces étaient nus et qu'ils aiguillonnaient mes sens à chaque îlot infesté de méduses, à chaque palmeraie qu'elle dessinait dans l'air, tandis que son frêre me traduisait ses arabesques dans de stupides apartés. J'eus ma revanche après le diner. Ivor était allé chercher mon whisky. Iris et moi nous tenions sur la terrasse, dans une ombre empreinte de sainteté.Pendant que j'allumais ma pipe, Iris pressait sa hanche contre la balustrade et décrivait, avec des ondulations de sirène qui étaient censées imiter les vagues le miroitement des lumières de la côte entre la mer et le noir de Chine des collines.c'est alors que le téléphone sonna dans le salon, derrière nous. Iris fit un brusque demi-tour...mais avec une admirable présence d'esprit, elle transforma ce mouvement instinctif en une danse du châle nonchalante.

Plus tard, dans l'intimité, nous aimions, Iris et moi à nous remémorer cette scène de la révélation: Ivor nous apportant à boire pour fêter sa guérison féerique, et elle indifférente à sa présence, posant sa main légère sur la mienne, plein d'un ressentiment exagéré, je restai agrippé à la balustrade et n'eus même pas la présence d'esprit, pauvre dupe,de répondre à cette forme d'excuse par un baiser de main très européen."

Vladimir Nabokov    [ Regarde,regarde les arlequins! ]

13:36 Publié dans Livre | Lien permanent | Commentaires (0)

Les commentaires sont fermés.