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29/02/2008

Un enfer pétrifié

"Le Libanais nous rejoint et me laisse une clé; ma chambre d'hotel, le numéro 107 n'a qu'une fenêtre donnant sur un puits intérieur, sinistre et nauséabond. J'allume la lumière.Les murs, le lit, la petite table et le plancher sont noirs: noirs de cafards. J'ai déjà eu l'occasion de vivre avec toute sorte de vermine, j'ai même appris à y être indifférent...Mais, cette fois-ci, je suis frappé, moins par leur nombre, pourtant en lui-même choquant que par la dimension des cafards;ce sont des bestioles énormes, larges comme des tortues, sombres, luisantes, velues et moustachues. Leur taille monstrueuse me tétanise; comment venir à bout de pareils colosses?Que faire d'eux? Comment les traiter ?Les tuer? Avec quoi?Rien que d'y penser, mes mains en tremblent.Je tends l'oreille; beaucoup de créatures de cette taille s'expriment à leur façon; elles piaulent, coassent, ronronnent ou grognent...Un silence absolu règne dans la chambre ; chaque fois que je me penche au-dessus d'eux, ils reculent avec vivacité et se regroupent en tas.

Je pourrais raconter que les cafards, irrités par ma présence, se sont jetés sur moi, m'ont attaqué, tandis que pris de tremblements, j'ai été frappé d'apoplexie; Ce ne serait pas la vérité,en fait, quand je ne m'approche pas d'eux, ils restent indifférents.

Conscient qu'une rude nuit d'insomnie m'attend , car,par dessus le marché, il fait chaud à mourir, je sors de mon sac mes notes sur le Libéria."

 Ryszard Kapuscinski      [Ebène]

18:05 Publié dans Livre | Lien permanent | Commentaires (0)

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