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29/02/2008

Un enfer pétrifié

"Le Libanais nous rejoint et me laisse une clé; ma chambre d'hotel, le numéro 107 n'a qu'une fenêtre donnant sur un puits intérieur, sinistre et nauséabond. J'allume la lumière.Les murs, le lit, la petite table et le plancher sont noirs: noirs de cafards. J'ai déjà eu l'occasion de vivre avec toute sorte de vermine, j'ai même appris à y être indifférent...Mais, cette fois-ci, je suis frappé, moins par leur nombre, pourtant en lui-même choquant que par la dimension des cafards;ce sont des bestioles énormes, larges comme des tortues, sombres, luisantes, velues et moustachues. Leur taille monstrueuse me tétanise; comment venir à bout de pareils colosses?Que faire d'eux? Comment les traiter ?Les tuer? Avec quoi?Rien que d'y penser, mes mains en tremblent.Je tends l'oreille; beaucoup de créatures de cette taille s'expriment à leur façon; elles piaulent, coassent, ronronnent ou grognent...Un silence absolu règne dans la chambre ; chaque fois que je me penche au-dessus d'eux, ils reculent avec vivacité et se regroupent en tas.

Je pourrais raconter que les cafards, irrités par ma présence, se sont jetés sur moi, m'ont attaqué, tandis que pris de tremblements, j'ai été frappé d'apoplexie; Ce ne serait pas la vérité,en fait, quand je ne m'approche pas d'eux, ils restent indifférents.

Conscient qu'une rude nuit d'insomnie m'attend , car,par dessus le marché, il fait chaud à mourir, je sors de mon sac mes notes sur le Libéria."

 Ryszard Kapuscinski      [Ebène]

18:05 Publié dans Livre | Lien permanent | Commentaires (0)

23/02/2008

Iris, la révélation

"Je n'ai aucun souvenir de la robe qu'elle portait ce premier soir, mais je sais que ses bras minces étaient nus et qu'ils aiguillonnaient mes sens à chaque îlot infesté de méduses, à chaque palmeraie qu'elle dessinait dans l'air, tandis que son frêre me traduisait ses arabesques dans de stupides apartés. J'eus ma revanche après le diner. Ivor était allé chercher mon whisky. Iris et moi nous tenions sur la terrasse, dans une ombre empreinte de sainteté.Pendant que j'allumais ma pipe, Iris pressait sa hanche contre la balustrade et décrivait, avec des ondulations de sirène qui étaient censées imiter les vagues le miroitement des lumières de la côte entre la mer et le noir de Chine des collines.c'est alors que le téléphone sonna dans le salon, derrière nous. Iris fit un brusque demi-tour...mais avec une admirable présence d'esprit, elle transforma ce mouvement instinctif en une danse du châle nonchalante.

Plus tard, dans l'intimité, nous aimions, Iris et moi à nous remémorer cette scène de la révélation: Ivor nous apportant à boire pour fêter sa guérison féerique, et elle indifférente à sa présence, posant sa main légère sur la mienne, plein d'un ressentiment exagéré, je restai agrippé à la balustrade et n'eus même pas la présence d'esprit, pauvre dupe,de répondre à cette forme d'excuse par un baiser de main très européen."

Vladimir Nabokov    [ Regarde,regarde les arlequins! ]

13:36 Publié dans Livre | Lien permanent | Commentaires (0)

15/02/2008

Un foyer l'un pour l'autre

Shannon: "N'avez vous pas une vie à vous, en dehors de vos aquarelles, de vos dessins et de vos voyages avec grand-père?"

Hannah:" Mon grand-père et moi nous sommes chacun un foyer l'un pour l'autre. Savez-vous ce que j'entends par foyer? Je ne veux pas parler d'un foyer habituel...parce que je ne considère pas un foyer comme un....eh bien, comme un lieu, une bâtisse....une maison... de bois, de briques ou de pierres.Je songe à un foyer comme à une chose que deux personnes ont entre elles, un foyer de sentiments dans lequel chacun peut...eh bien, faire son nid, se reposer, vivre.Cela a-t-il un sens pour vous, monsieur Shannon?"

Shannon:" Ouais,tout à fait, mais....Quand un oiseau fait son nid pour l'habiter et y vivre, il ne le fait pas dans un arbre qui s'effondre....il cherche à trouver un emplacement relativement stable."

Hannah:"Je ne suis pas un oiseau, monsieur Shannon. Je suis un être humain et lorsqu'un membre de cet espèce bizarre d'oiseaux sans plumes fait son nid dans le coeur d'un autre,croyez vous que son premier et son ultime souci soit la stabilité?...nécessairement? toujours. ces derniers temps, Nonno et moi, nous n'avons pas cessé d'être confrontés au caractère éphémère des choses.

Tennessee Williams    [La nuit de l'iguane]

17:50 Publié dans Livre | Lien permanent | Commentaires (0)