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29.03.2008

L'indicible est essentiel

"Désormais, nous parlions pour ne rien dire; Nous vîmes s'installer entre nous l'écran de ces mots lisses, de ces reflets sonores du quotidien,de ce liquide verbal dont on se sent obligé de remplir le silence.Avec stupeur, je découvrais que parler était en fait la meilleure façon de taire l'essentiel...L'indicible, il était mystérieusement lié, je le comprenais maintenant, à l'essentiel.L'essentiel était incommunicable; et tout ce qui dans ce monde me torturait pas sa beauté muette, tout ce qui se passait de la parole me paraissait essentiel." 

Andreï Makine   [le testament français] 

22.03.2008

le Taj Mahal

"Je m'aperçois qu'en règle générale, quand une chose nous apparait comme une merveille, ce n'est pas à cause de ce que nous y voyons, mais à cause de ce que d'autres y ont vu.Presque tous nos émerveillements sont de seconde main.Le simple privilège  de contempler un objet qui a suscité l'enthousiasme, ou le respect, ou l'affection ou l'admiration d'une multitude de nos semblables, est en soi une expérience qui nous est précieuse, nous nous en trouvons durablement enrichis. Cet objet, ce spectacle, ce peut être le Taj Mahal. Vous ne pouvez réfréner votre enthousiasme ni maitriser votre émotion lorsque surgit à vos yeux cette aérienne bulle de marbre.Mais ce sont les émotions accumulées de centaines d'écrivains fervents qui les ont déposées en vous couche par couche, année après année , toute votre vie; et maintenant, ils rompent les barrages et vous submergent ...Aussi longtemps que je vivrai, le souvenir du Taj Mahal aperçu pour le première fois dans le lointain me récompensera du laborieux voyage que j'ai entrepris autour du globe pour avoir cet immense privilège."

Mark Twain      [Le tour du monde d'un humoriste]      1897

14.03.2008

Aimer, être aimé

"A l'époque où j'étais en seconde ou troisième année à l'école de filles, nous fûmes questionnées sur l'actif et le passif des verbes . Frapper, être frappé; voir, être vu; aimer, être aimé? Comme chaque élève examinait le questionnaire avec attention et réflexion, l'une d'elle, non sans malice mit en circulation un bout de papier.....désires-tu aimer? Désires-tu être aimée? Sous les mots" être aimée",de nombreux cercles avaient été tracés à l'encre au crayon bleu ou rouge. Au contraire, sous les mots " désires-tu aimer", ne figurait aucun signe.Je ne fis pas exception...L'élève assise à côté de moi prit le bout de papier, y jeta un coup d'oeil et sans hésiter, elle traça un grand cercle où ne figurait aucun signe. Elle, elle désirait aimer. Même aujourd'hui, je me rappelle très bien qu'à ce moment, je me sentis déconcertée...C'était une des élèves les plus ternes de notre classe,une fille effacée, plutôt renfermée. Mais aujourd'hui, tandis que j'écris cette lettre, après plus de vingt ans déjà, le visage de cette fille solitaire s'impose à moi, comme s'il ne s'était écoulé qu'un temps très bref."

Yasushi Inoué        [Le fusil de chasse] 

08.03.2008

Mme de Maintenon

"Née dans les îles de l'Amérique où son père, peut-être gentilhomme, étoit allé avec sa mère chercher du pain,et que l'obscurité y a étouffés,revenue seule et au hasard en France, abordée à la Rochelle, recueillie au voisinage par pitié chez Mme de Neuillant...; venue à Paris à sa suite, jeune, adroite, spirituelle et belle, sans pain et sans parents, d'heureux hasards la firent connoître au fameux Scarron. Il la trouva aimable, ses amis peut-être encore plus.Elle crut faire la plus grande fortune, et la plus inespérable d'épouser ce joyeux et savant cul- de -jatte, et des gens qui avoient peut-être plus besoin de femmes que lui l'entêtèrent de faire ce mariage et vinrent à bout de lui persuader de tirer par là de la misère cette charmante malheureuse."

Louis de Saint-Simon      [Mémoires]      Tome treizième

05.03.2008

Le grand Will va vous promener

Non pas un passage,cette fois mais mon ressenti.

Lisez "Pylône" de William Faulkner; vous serez probablement dérangés plus qu'ébranlés au milieu de ces êtres qui n'ont rien à perdre, sans attaches, sans liens avec leur passé et qui se savent piègés par leurs actes de bravoure, sacrifiés d'avance et étonnés de ce qui leur arrive.Vous y verrez, près des pilotes acrobates, cette femme ambigüe, plus femelle que femme, passablement répugnante,amoureuse d'une image plus que de l'homme; vous n'y trouverez pas l'enfant malicieux qui, chez Faulkner, sait mieux que l'adulte,mais qui me fait, ici,  l'effet d'un colis encombrant dont on finira par se débarasser; des saoûleries grandioses,un ménage à trois et tant de choses inacceptables; même ceux qui tournent autour d'eux sont entrainés vers le fond" they ain't human like us..."; vous vous enliserez dans les marais de La Nouvelle Orléans comme les insectes charognards à la fin.

Un livre impressionnant; si vous le lisez en anglais, vous aurez les sonorités en prime; Avec Faulkner, il faut parfois lire et relire mais on finit toujours par comprendre;c'est un peu comme des matriochkas dont il donnerait progressivement les clés.

Bonne lecture   AME91

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