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31/10/2008

...que sept mille hommes....

"Cette année-là,à la fin de l'été, nous habitions une maison, dans un village qui, par delà la rivière et la plaine, donnait sur les montagnes.Dans le lit de la rivière, il y avait des cailloux et des galets, secs et blancs au soleil, et l'eau était claire et fuyait, rapide et bleue dans les courants. Des troupes passaient devant la maison, et s'éloignaient sur la route, et la poussière qu'elles soulevaient poudraient les feuilles des arbres...On se battait dans les montagnes, et le soir, nous pouvions apercevoir les éclairs de l'artillerie. Dans l'obscurité, on eût dit des éclairs de chaleur. La nuit, le mouvement était intense, des camions qui transportaient des hommes, et dans tout ce va-et-vient, d'autres camions recouverts d'une bâche se mouvaient lentement.A l'automne, quand les pluies commencèrent, on ne vit plus que des branches nues et des troncs noirs de pluie.Les vignes étaient clairsemées , dénudées, toute la campagne était mouillée et brune , tuée par l'automne. Les camions faisaient jaillir la boue sur la route, et les soldats , sous leurs capotes étaient crottés et mouillés;ils portaient deux cartouchières de cuir accrochées à leurs ceinturons;et ces étuis en peau grise, faisaient bomber à tel point les capotes que tous ces hommes qui passaient sur la route semblaient être arrivés au sixième mois de leur grossesse.

Il y avait de petites automobiles grises qui filaient très vite, si l'un des officiers à l'arrière était tout petit et assis entre deux généraux, si petit qu'on ne pouvait voir sa figure, mais juste le haut de son képi et son dos étroit, et si l'auto filait particulièrement vite, il y avait bien des chances que ce fût le roi.Il circulait presque chaque jour pour voir comment les choses allaient et les choses allaient très mal.

A l'entrée de l'hiver, une pluie persistante se mit à tomber, et la pluie amena le choléra. Mais, on put l'enrayer et, en fin de compte,il n'y eut dans l'armée que sept mille hommes qui en moururent.

Ernest Hemingway  [  L'adieu aux armes ]

18:41 Publié dans Livre | Lien permanent | Commentaires (0)

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