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07/01/2009

La fête est finie

"Eh bien, voilà, c'est fini; la fête est finie.

Je vais m'apprêter pour repartir, dit-il.Qu'on ne me dérange pas.Il plaça sur la table divers objets, un nécessaire de toilette,un pistolet.Et Meaulnes, plein de désarroi, sortit sans oser lui dire un mot ni lui serrer la main.

En bas,déjà, tout le monde semblait avoir pressenti quelque chose. Presque toutes les jeunes filles avaient changé de robes.

"Que se passe-t-il? demanda Meaulnes,à un garçon de campagne, qui se hâtait de terminer son repas, son chapeau de feutre sur la tête, et sa serviette fixée à son gilet.

Nous partons, répondit-il. Cela s'est décidé  tout d'un coup.

Meaulnes ne répondit pas.Il lui était égal de s'en aller maintenant. N'avait-il pas été jusqu'au bout de son aventure?

"Si vous voulez venir avec nous, hâtez vous d'aller vous mettre en tenue. Nous attelons dans un instant"Il n'y avait pas ce soir là de lanternes aux fenêtres, Mais, comme après tout, ce  dîner ressemblait au dernier repas des fins de noces, les moins bons des invités,qui, peut-être avaient bu, s'étaient mis à chanter. A mesure qu'il s'éloignait, Meaulnes entendait monter leurs airs de cabaret, dans ce parc qui depuis deux jours avait tenu tant de grâce et de merveilles.Et c'était le commencement du désarroi et de la dévastation....Cétait la fin de la bougie dont la flamme vacilla, rampa une seconde, s'éteignit.Et Meaulnes rentra dans sa propre chambre. Malgré l'obscurité, il reconnut chacune des choses qu'il avait rangées en plein jour, en plein bonheur, quelques heures auparavant. Pièce par pièce, fidèle, il retrouva tout son vieux vêtement misérable, depuis ses godillots jusqu'à sa grosse ceinture à boucle de cuivre. Sous les fenêtres, dans la cour aux voitures, un remue-ménage avait commencé.La lueur du falot venait frapper la fenêtre; un instant, autour de Meaulnes, la chambre maintenant familière,où toutes choses avaient été pour lui si amicales, palpitait revivait.... ET c'est ainsi qu'il quitta, refermant soigneusement la porte, ce mystérieux endroit qu'il ne devait sans doute jamais revoir."

ALAIN   FOURNIER        [Le Grand Meaulnes]   1913

Un an plus tard, il était tué aux Eparges, le 22 septembre 1914

14:36 Publié dans Livre | Lien permanent | Commentaires (0)

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