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15/01/2009

Le silence

"On a dit que le silence était une force;  dans un tout autre sens il en est une terrible à la disposition de ceux qui sont aimés. Elle accroît l'anxiété de qui attend. Rien n'invite tant à s'approcher d'un être que ce qui en sépare et quelle plus infranchissable barrière que le silence? On a dit aussi que le silence était un supplice, et capable de rendre fou celui qui y était astreint dans les prisons.Mais quel supplice-plus grand que de garder le silence-de l'endurer de ce qu'on aime! Robert se disait:"Que fait-elle donc pour qu'elle se taise ainsi? Sans doute, elle me trompe avec d'autres?" Il se disait encore:" Qu'ai-je donc fait pour qu'elle se taise ainsi? Elle me hait peut-être et pour toujours."

Et il s'accusait. Ainsi, le silence le rendait fou, en effet, par la jalousie et par le remords. D'ailleurs, plus cruel que celui des prisons, ce silence-là est prison lui-même.Une clôture immatérielle, sans doute mais impénétrable, cette tranche interposée d'atmosphère vide, mais que les rayons visuels de l'abandonné ne peuvent traverser. Est-il un plus terrible éclairage que le silence qui ne nous montre pas une absente, mais mille, et chacune se livrant à quelqu'autre trahison? Parfois, dans une brusque détente,ce silence, Robert, croyait qu'il allait cesser à l'instant, que la lettre attendue allait venir. Il la voyait, elle arrivait, il épiait chaque bruit, il était déjà désaltéré, il murmurait:"La lettre, la lettre!" Après avoir entretenu ainsi une oasis imaginaire de tendresse, il se retrouvait piétinant dans le désert réel du silence sans fin."

MARCEL PROUST    [Le Côté de Guermantes] I

 

14:06 Publié dans Livre | Lien permanent | Commentaires (3)

Commentaires

Le lieux serait de ne rien en dire, hein... mais quel vérité dans ce texte (comme souvent chez marcel)

Écrit par : PdB | 15/01/2009

Le mieux serait de ne rien en dire, hein... mais quel vérité dans ce texte (comme souvent chez marcel)

Écrit par : PdB | 15/01/2009

le silence que l'on aime, vital pour réfléchir, le silence que l'on redoute, générateur d'angoisse, tant de silences différents, mais, en effet, le mieux serait de se taire au milieu de la logorrhée ambiante, et de lire, pas vrai?

Écrit par : AME91 | 15/01/2009

Les commentaires sont fermés.