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20/01/2009

Ceux qui ont pris le train de l'ailleurs

"Ils partaient , en bandes, après les semailles, se regroupaient dans les mêmes galetas, travaillaient comme des esclaves, sans prendre langue avec les naturels au parler pointu, toute leur espérance, et leurs amours, restées au pays natal où germaient les moissons. La littérature limousine, la vraie, est née de la déshérence du Limousin...Ceux qui ont pris , isolément,  le train de l'ailleurs, changé de lieu, ont changé d'âme. Ce qu'ils ne savaient pas, parce qu'ils le vivaient, leur est brutalement apparu dans cet arrachement, cette extériorité à soi-même où ils étaient entrainés. C'est ce qui leur a prescrit leurs thèmes, les mêmes, puisque la littérature ne peut qu'établir, dans son registre, ce qui se produit dans la réalité. Que disent-ils, ces fuyards, ces transfuges dolents, effarés? Le deuil de ceux dont ils se sentent les légataires et qui ne sont plus désormais que pour eux, parce que le Limousin va connaitre le sort des mauvaises terres.

Le progrès, les engrais, les semences de sélection, la mécanisation les rend à la friche, à l'absence et au vide. Les derniers, Michon, Millet, furent les contemporains de l'exode rural, de la mort du monde immémorial qui les avait bercés et qui va périr puisque, au lieu de le continuer, ils l'ont quitté sans retour. Ils sont les derniers qui sachent ce que furent "les petits hommes noirs" du plateau, les figures "minuscules " qui peuplaient les villages gueux épars dans les bruyères et les genêts.

Nul, après eux, ne se souviendra plus de rien puisque le rien prend inexorablement possession des lieux où nos ascendants ont joué la partie difficile, désespérée, qui leur revenait."

PIERRE BERGOUNIOUX   [Postface à  "Du pays et de l'exil" de Laurent Bourdelas ]

 

Quelle émotion! C'est toute mon ascendance maternelle.

11:17 Publié dans Livre | Lien permanent | Commentaires (3)

Commentaires

J'ai pensé aux Maliens reconduits par les charters Pasqua et autres Hortefeux et Besson maintenant, et j'ai ressenti un peu comme une sorte de honte de moi-même en ce qu'étant citoyen de cette nation qui les autorise.

Écrit par : PdB | 22/01/2009

Merci de citer ce bel extrait de la postface à mon livre... dont je recommande aussi la lecture pour faire de belles découvertes littéraires...

Écrit par : Bourdelas | 12/02/2009

c'est noté, je vais me pencher sur votre livre avec émotion
AME 91

Écrit par : anne-marie Emery | 12/02/2009

Les commentaires sont fermés.