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24/01/2009

Ne rien regretter, jamais.

" Elle se souvenait qu'elle prenait des trains. Qu'il lui fallait s'en aller, se tourner vers ailleurs, où elle n'aurait plus pensée de rien, oubliant la colère et le grief et même le chagrin ...Oui, les trains qui roulaient, longeaient les campagnes et les villes, où elle n'aurait pas à descendre, le train qui longeait le monde selon la frange, l'invisible frontière d'un univers où l'on se blessait et se déchirait, si bien qu'à ces moments-là, plus rien n'existait que la sorte de paix, l'étrange, inordinaire solitude.

Ce pouvait être la mer, c'était probablement la mer où elle allait et restait quelques jours, tapie comme une bête, une fugitive, dans une de ces cabines de plage abandonnées à cette saison,, une de ces petites huttes de toile ou de bois désertées pour l'heure, où, dans l'odeur froide et rance des marées, elle s'installait avec ses châles et ses couvertures, ne redoutant ni le froid, ni le vent ni la nuit sur la mer, et quand plusieurs jours après elle revenait, on ne la voyait pas davantage, un jour, on l'apercevait dans la cour, amaigrie et ne parlant à personne, tandis qu'elle allait et venait dans ses jupes fatiguées, ouvrant et fermant les portes des armoires, et disant combien les figurines avaient séché et n'étaient plus que glaises bonnes à jeter; elle disait que rien n'avait besoin de demeurer, qu'on pouvait faire et défaire et ne rien regretter, jamais. Et bientôt, on entendait les coups de maillet et de marteau, et le bruit quand elle recommençait à travailler, et alors, ce n'était plus de grands beaux corps, ou de ces petits groupes qui avaient fait sa renommée, c'était comme autrefois, quand elle entrait à l'atelier du maitre, des mains et des pieds qu'elle modelait comme une débutante, quand le lendemain ou le soir même, elle n'entreprenait pas avec les mêmes marteaux de les détruire, cependant qu'une fois encore elle figurait le buste de Paul, plus que jamais pensant à lui, et attendant sa venue, sur une carte marquant d'une épingle,les villes où il résidait, et d'où lui parvenaient ces lettres qui disaient qu'il ne l'oubliait pas, non, il ne l'oubliait pas."

MICHELE DESBORDES     [La robe bleue ]

18:57 Publié dans Livre | Lien permanent | Commentaires (0)

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