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26/02/2009

Aux banlieues

"J'aurai beaucoup aimé vos charmes équivoques,

Villas, petits manoirs, usines et bicoques

Perdus au bout d'un parc qu'on défonce,ou tassés

Dans des jardins étroits qui n'ont jamais assez

De dalhias, de choux et parfois de sculptures

En fil de fer levant par dessus les clôtures

Des visages de dieux taillés dans l'isorel.

Votre artifice fut pour moi le naturel,

Et vos combinaisons où l'ordre dégénère,

Une contrée enfin tout à l'imaginaire

Vouée. Et j'ai longtemps erré, comme en dormant,

De surprise morose en fade enchantement

Mais toujours attiré plus loin, mis en alerte

Par la proximité de quelque découverte

Philosophale: au coin frémissant d'un sentier

Qui débouchait soudain sur un trou de chantier,

Ou bien vers le sommet désert d'une avenue

Conduisant en plein ciel à la déconvenue

D'un plateau hérissé de tours et ceinturé

D'un fulminant glacis d'autoroutes. J'aurai

Beaucoup aimé vos soirs, quand l'odeur de la soupe

Monte des pavillons qu'un soleil bas découpe

En signes noirs secrets sur le rouge horizon

Tandis qu'obliquement à travers un gazon

Bien tondu par un toit de serre abandonnée,

La lune sur mes pas entamait sa tournée...

Au temps du doriphore et des topinambours

J'ai vécu là pourtant en parfait autochtone,

C'est peut-être pourquoi vos hasards ne m'étonnent

Plus guère,mais je rêve à d'immenses labours

Où m'en aller tout droit de colline en colline,

A l'écart des hameaux pris par l'indiscipline

Pavillonnaire qui les rend pareils à vos

Débordements, et finiront par s'y confondre

Laissant le monde entier, par monts routes et vaux,

Tourner en rond sur soi comme un vieil hypocondre.

 

JACQUES    REDA         [Hors les murs]

09:35 Publié dans Livre | Lien permanent | Commentaires (0)

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