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11/04/2009

Notre petit monde

"A la fin de l'après-midi, ils se promenaient ou allaient à Cannes. Puis ils rentraient. Après le diner aux bougies, lui en smoking, elle en robe du soir, ils allaient au salon où ils admiraient, dans le cadre de la baie, les inutiles volutes de la mer. Tout comme au Royal, ils fumaient des cigarettes chères et s'entretenaient de sujets élevés, musique ou peinture ou beautés de nature. Il y avait même parfois des silences. Alors, elle commentait les minuscules animaux de velours qu'ils avaient achetés à Cannes, les disposait mieux sur la table qui leur était réservée, les chérissait du regard. Notre petit monde,disait-elle en caressant le petit âne, son préféré. Eh oui, pensait-il, on a le social qu'on peut. Ou bien, elle se mettait au piano et chantait cependant qu'il écoutait, avec un vague sourire au ridicule de leur vie.

 

Ou encore, ils parlaient de littérature. c'était effrayant à quel point ils s'intéressaient à la littérature. Sombrement, il savourait la misère de leurs entretiens. L'art était un moyen de communion avec les autres, dans le social, une fraternisation. Dans une ile déserte, pas d'art, pas de littérature....

Ou encore, tout en lui lisant du Proust, elle croisait trop haut les jambes cependant qu'il se disait qu'une conversation avec une demi-douzaine de crétins de la Société des Nations, eût été autrement chargée de vitamines. A quoi bon Proust, à quoi bon savoir ce que faisaient et pensaient des humains, si on ne vivait plus avec eux. Lui, ces évaluations proustiennes d'importance mondaine lui faisaient mal, et il souffrait, rejeté, d'assister à ces stratégies d'ascension sociale, basses et salubres;les bavardages de ce snob homosexuel m'ennuient, disait-il alors et pour la forcer à se remettre en état de décence, il lui proposait de jouer aux échecs. Alors, elle se levait pour chercher le jeu et la robe redescendait. Sauvé, plus de cuisses. Leur pauvre vie.

ALBERT  COHEN                  [Belle du Seigneur]

 

14:35 Publié dans Livre | Lien permanent | Commentaires (2)

Commentaires

Même quand on ne s'aime pas, la vie continue son cours... Est-ce que c'est comme ça (comme disaient les Rita Mitsouko) ou est-ce que simplement nous voulons qu'il en soit ainsi ? L'habitude, les choses qui continuent même si, les regards et les répliques depuis longtemps déjà essayés et validés, est-ce qu'il en est ainsi de la vie du couple ? Le livre est dans la bibliothèque du couloir à moquette, mais je ne l'ai jamais pris, il est là, je le sais et je l'attends... merci en tout cas AME91

Écrit par : PdB | 11/04/2009

oui, c'est comment rendre jubilatoire l'aliénation et l'enfermement de la passion amoureuse ; le cynisme élevé à la perfection et une écriture qui ébahit;
merci pour la fidélité des commentaires et je me réjouis que mes choix de lectures soient retenus
amitié blogueuse AME91

Écrit par : AME91 | 11/04/2009

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