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10/05/2009

Elle était sur un lit de repos

"Il reconnut aisément M. de Nemours; il le vit faire le tour dujardin; les palissades étaient fort hautes en sorte qu'il était assez difficile de se faire  passage; M. de nemours en vint à bout néanmoins; il vit beaucoup de lumières dans le cabinet; toutes les fenêtres en étaient ouvertes et il s'en approcha avec une émotion qu'il était aisé de se représenter.Il vit qu'elle était seule; il faisait chaud et elle n'avait rien sur sa tête et sur sa gorge, que ses cheveux confusément rattachés. Elle était sur un lit de repos, avec une table devant elle, où il y avait plusieurs corbeilles pleines de rubans; elle en choisit quelques-uns et M. de Nemours remarqua que c'étaient le mêmes couleurs qu'il avait portées au tournoi.Il vit qu'elle en faisait des noeuds à une canne des Indes, fort extraordinaire qu'il avait portée quelques temps et qu'il avait donnée à sa soeur à qui Mme de Clèves l'avait prise sans faire semblant de la reconnaitre;après qu'elle eut achevé son ouvrage avec une grâce et une douceur que répandaient sur son visage les sentiments qu'elle avait dans le coeur, elle prit un flambeau et s'en alla proche d'une grande table vis à vis du tableau où était le portrait de M. de Nemours; elle s'assit et se mit à regarder ce portrait avec une attention et  une rêverie que la passion seule peut donner.

On ne peut exprimer ce que sentit M. de Nemours dans ce moment; la voir tout occupée de choses qui avaient du rapport à lui et à la passion qu'elle lui cachait, c'est ce qui n'a jamais été goûté ni imaginé par nul autre amant;quand il fut un peu remis, il pensa qu'il devait attendre à lui parler qu'elle allât dans le jardin.Mais voyant qu'elle demeurait dans le cabinet, il prit la résolution d'y entrer.Quand il voulut l'executer, quel trouble n'eut-il point!Quelle crainte de lui déplaire! Quelle peur de faire changer ce visage où il y avait tant de douceur et de le voir devenir plein de sévérité et de colère!

Il trouva qu'il y avait eu de la folie, non pas à venir la voir sans être vu, mais à penser de s'en faire voir.Il lui parut de l'extravagance dans sa hardiesse de venir surprendre au milieu de la nuit une personne à qui il n'avait encore jamais parlé de son amour; poussé néanmoins par le désir de lui parler et rassuré par les espérances que lui donnaient tout ce qu'il avait vu, il avança quelques pas mais avec tant de trouble qu'une écharpe qu'il avait s'embarassa dans la fenêtre en sorte qu'il fit du bruit. Mme de Clèves tourna la tête, elle crut le reconnaitre et sans balancer ni se retourner du côté où il était, elle entra dans le lieu où étaient ses femmes ; elle y entra avec tant de trouble qu'elle fut contrainte pour le cacher de dire qu'elle se trouvait mal....

MADAME de LAFAYETTE         [La Princesse de Clèves ]

 

Je songe que je n'aurais sans doute pas pensé à ce livre sans la publicité qui lui fut faite par notre inculte. AME91

 

 

18:42 Publié dans Livre | Lien permanent | Commentaires (1)

Commentaires

Je disais un jour à une amie de peu de temps, commanditaire aussi, que ce livre n'était pas si tellement bien qu'on voulait nous le faire croire, et qu'il portait, du coup, une image un peu trop étendue pour lui. "Mais c'est un roman magnifique... " me dit-elle. Ah bon.
Je ne l'ai jamais lu (je n'ai jamais passé non plus de concours haïs tout comme ceux qui en enseignent les tenants par l'abruti du haut de l'échelle - dit-on). En tout cas, l'extrait est assez explicite : l'amour, l'amour, l'amour. On voit par là que l'idiot regarde toujours le doigt lorsqu'on tente de lui montrer les astres.

Écrit par : PdB | 15/05/2009

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