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14/06/2009

La Venus asiatique

"Je fis alors quelque chose d'encore jamais vu à l'hotel Taedong-gang, , j'enlevai de toute la puissance de mes bras, décuplée par la colère, la panique, la B12 1000 gammas peut-être, ma princesse inerte, grimpai les escaliers jusqu'au deuxième étage, ouvris la porte de ma chambre dont j'avais encore la clef, allumai un bain,sortis de ma valise les chemises que j'avais voulu lui offrir le matin, un pantalon léger, lui apportai le tout et m'emparai de son petit sac ruiné pour le mettre à sécher sur le rebord de la fenêtre. Je la laissai seule dans la salle de bain.

J'avais à peine eu le temps de reprendre souffle et contenance que j'entendis un piétinement dans le couloir et des coups frappés à ma porte. J'ouvris à la volée: OK était là, entouré de la délégation, retour de pique-nique, interrogative, goguenarde, jalouse et , suivi des casquettes, qui montaient une à une, de plus en plus nombreuses, surgissant de partout comme les rats du charmeur de Hameln.

Je racontai à voix forte la fable suivante: j'avais été me promener là où nous avions tous été la semaine précédente; j'avais rencontré mon infirmière par le plus grand des hasards, lui avais proposé une partie de canotage, avais, par mon impardonnable maladresse fait chavirer la barque, et l'avais ramenée par les ruines tant l'état dans lequel je l'avais mise lui faisait honte. J'en étais là de mon récit auquel personne n'ajoutait foi, quand, soudain, elle sortit de la salle de bain, apparition inoubliable, Venus asiatique et botticellienne, ma chemise nouée à l'ombilic, un pantalon neuf, qui lui seyait à ravir, retroussé aux chevilles parce que trop long; je demandais à OK de répéter distinctement aux casquettes ce que je venais d'inventer. Il fallait qu'elle entendît, afin que nous ne nous coupions pas. Il s'executa. Mais, il n'y avait rien à faire,les casquettes entrainèrent l'aimée, et s'enfermèrent avec elle en compagnie d'OK dans un bureau de l'étage. Le procès allait être instruit."

CLAUDE   LANZMANN    [Le lièvre de Patagonie] 

14:51 Publié dans Livre | Lien permanent | Commentaires (0)

06/06/2009

A quoi cela lui servira-t-il?

"-Ne pourrait-on pas lui montrer un peu de géographie?

-A quoi cela lui servira-t-il?Quand monsieur le marquis ira dans ses terres,les postillons ne sauront-ils pas les chemins?...

-Vous avez raison , mais j'ai entendu parler d'une belle science qu'on appelle, je crois,  l'astronomie.

-Quelle pitié! et faudra t-il que monsieur le marquis se tue à calculer une éclipse, quand il la trouve à point nommé dans l'almanach qui lui enseigne de plus l'âge de la lune et de toutes les princesses de l'Europe?

-Que faudrat-il donc apprendre à mon fils?

-A être aimable et s'il sait les moyens de plaire, il saura tout; c'est un art qu'il apprendra chez madame sa mère, sans que ni l'un ni l'autre se donnent la moindre peine.

Madame à ce discours embrassa le gracieux ignorant; je m'imagine pourtant qu'il ne serait pas mal qu'il sût un peu d'histoire.

-Hélas, madame, il n'y a certainement d'agréable et d'utile que l'histoire du jour; toutes les histoires anciennes ne sont que des fables convenues et pour les modernes, ce n'est qu'un chaos qu'on ne peut débrouiller.

-Rien n'est mieux dit; on étouffe l'esprit des enfants sous un amas de connaissances inutiles mais la plus absurde , à mon avis, c'est la géométrie. cette science ridicule a pour objet des surfaces, des lignes , des points qui n'existent pas dans la réalité.Un seigneur ne doit pas se dessécher le cerveau dans ces vaines études; Si un jour, il a besoin d'un géomètre sublime, pour lever le plan de ses terres, il les fera arpenter pour son argent."

VOLTAIRE      [Jeannot et Colin]  un conte   1763

 

Un vieux souvenir de lycée, pour beaucoup d'entres vous, sans doute.

13:49 Publié dans Livre | Lien permanent | Commentaires (0)