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24/07/2009

"Jouez quelque chose!"

"Ne vous inquiétez pas, je vous assure. Si quelqu'un vient, vous irez vous cacher dans le garde-manger et je dirai que c'est moi qui voulait l'essayer, ce piano...

Quand j'ai posé mes doigts sur le clavier, j'ai senti qu'ils tremblaient. habitué que j'avais été à gagner ma vie en plaquant des accord, je devais donc la sauver maintenant de la même manière...Et ces doigts agités de frissons, privés d'exercice depuis deux ans et demi, raidis par le froid et la saleté, embarassés par des ongles que je n'avais pu couper depuis l'incendie qui avait failli m'emporter! Pour ne rien arranger, l'instrument se trouvait dans une pièce dont les fenêtres avaient été brisées et les réactions de sa caisse imprégnée d'humidité seraient sans doute désastreuses.

J'ai joué le nocturne en "ut" dièse mineur de Fréderic Chopin.Le son vitreux des cordes mal tendues s'est répandu dans l'appartement désert, est allé flotter sur les ruines de la villa d'en face pour revenir en échos étouffés, d'une rare mélancolie.Lorsque j'ai terminé le morceau, le silence n'en a semblé que plus oppressant, irréel.Puis, il y a eu un coup de feu en bas, ce bruit agressif, sans appel, si typiquement allemand. L'officier me regardait sans rien dire.Il a poussé un soupir avant de murmurer:

En tout cas, vous ne devez pas rester ici; je vais vous sortir de là, en dehors de Varsovie, dans un village, vous serez moins en danger.

-Non, je ne partirai pas, je ne peux pas.

 

A cette réponse, il a sursauté; il venait de comprendre pour quelle raison je me cachais  parmi ces ruines

Vous....vous êtes juif? 

Oui.

Il est resté plongé dans ses réflexions, puis une autre question lui est venue; Votre cachette, où est-elle?

Le grenier.

Nous sommes montés ensemble, il a inspecté les lieux avec un soin et une compétence qui lui ont permis de découvrir qu'à l'aplomb du faîtage,juste au-dessus de l'entrée, il y avait une soupente en planches, pratiquement impossible à discerner dans la pénombre, puis il m'a aidé à chercher une echelle pour y acceder; Une fois en sécurité je n'aurais qu'à l'enlever et la ranger près de moi.

Il m'a demandé si j'avais de quoi manger; je lui ai dit que non. Ne vous souciez pas de  cela.Je vous apporterai des vivres."

 WLADYSLAW  SZPILMAN              [Le pianiste]

14:26 Publié dans Livre | Lien permanent | Commentaires (0)

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