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14/09/2009

Il m'est venu un doute

"J'ai rencontré une personne, prétend avoir dit Pereira, ou plutôt deux personnes, un jeune homme et sa petite amie. Parlez moi d'eux, dit le docteur Cardoso. Bien, dit Pereira, il y a que pour la page culturelle, j'avais besoin de préparer les nécrologies anticipées des écrivains importants et la personne que j'ai rencontrée a fait son mémoire de maitrise sur la mort; aussi l'ai-je pris comme stagiaire mais ce jeune homme a la politique en tête et il fait chaque nécrologie avec une vision politique à vrai dire je crois que c'est son amie qui lui met ces idées en tête, enfin bon, le fascisme, le socialisme, la guerre civile en Espagne et d'autres choses du même genre, tous des articles impubliables, et il m'est venu un doute: si ces deux jeunes avaient raison? Dans ce cas ce sont eux qui auraient raison, dit avec calme le docteur Cardoso mais c'est l'histoire qui le dira, doutor Pereira et non pas vous. Oui, mais s'ils avaient raison, ma vie n'aurait pas de sens, çà n'aurait pas de sens que je dirige la page culturelle de ce journal de l'après-midi où je ne peux pas exprimer mon opinion, où je dois publier des récits du dix-neuvième siècle français; plus rien n'aurait de sens.

Eh bien dit le docteur Cardoso,croire qu'on est "un" et qu'on se suffit à soi-même, détaché de l'incommensurable pluralité des propres "moi"représente l'illusion, au demeurant ingénue d'une âme unique de tradition chrétienne,...nous avons plusieurs âmes en nous: ce qu'on appelle la norme, ou l'être ou la normalité, n'est qu'un résultat, non un préalable.Eh donc, qu'est-ce qu'il me reste à faire? demanda Pereira. Si vous voulez vous repentir de votre vie, allez-y, parce que somme toute, doutor Pereira,si vous commencez de penser que ces jeunes gens ont raison, et que votre vie a été inutile jusqu'à présent, pensez le. Peut-être que dorénavant, votre vie ne vous semblera plus inutile, et vous ne compenserez plus vos tourments par la nourriture et des citronnades pleines de sucre."

ANTONIO  TABUCCHI      [Pereira prétend]

16:01 Publié dans Livre | Lien permanent | Commentaires (6)

Commentaires

Ah ce livre, quelle merveille, mais quelle merveille... je ne sais pas, peut-être que je me prétends Pereira, ou le fait que Tabucchi soit italien, né à Pise, j'adore Pise, traducteur de Pessoa (Personne non plus je crois, comme Pereira enfin j'en sais rien, quelque chose) Lisbonne et ses plages, tu sais quand il y va à un moment, quelque chose de la chaleur, de la vraie vie malgré Salazar quelque chose de si joli pourtant, tu vois, si joli dans ce monde de haine et d'ordures, vraiment quel magnifique roman. Pour un retour avec un nouveau FAI, c'est très fort...!

Écrit par : PdB | 15/09/2009

Absolument d'accord, mordant, ce livre, plus on le lit plus on y trouve son compte, je crois qu'il faut le relire à intervalles réguliers mais quelle difficulté pour élire un passage(c'est un peu comme Zweig où je n'arrive pas à trouver quelque lignes phares, çà va venir....); j'aime aussi beaucoup le passage où le directeur du journal lui a donné carte blanche et où il a publié un récit de Daudet qui parle de la guerre avec les allemands et qui finit par :vive la France; tout est dit, ne crois-tu pas, sur la presse qui rampe devant les gouvernants, reconnaissons que c'est en 1938 sous Salazar et qu' on ne peut pas comparer les époques; si tu n'as pas mis le nez dans "le lièvre de patagonie "de Lanzmann, en matière d'engagement, il est dur de trouver mieux. Bon, merci pour ta fidèle collaboration et, au fait, çà m'a donné envie de retourner à Lisbonne, vue il y a très longtemps avec mes jeunes enfants; il va falloir réparer çà.
amitiés littéraires AME

Écrit par : Anne-Marie Emery | 16/09/2009

J'ai relu Pereira et lorsqu'il se baigne, avant d'arriver à la clinique de la délivrance, disons, avec ce dialogue que tu as parfaitement choisi (Poirier, en portugais : en français, un grand couturier de l'entre deux guerres : il semble que les juifs aient adopté ce type de patronyme lors de leur fuite devant l'antisémitisme prônée par Isabelle la Catholique, dans les années 90 (de 1400) : mes ancêtres, probablement, fuirent, eux, vers le sud et la Tunisie) : c'est vraiment un livre formidable (j'avais presque oublié la cruauté des derniers chapitres, dis donc...)

Écrit par : PdB | 17/09/2009

oui, avec Tabucchi,la prescience du danger montant se fait avec infiniment de finesse; tu peux relire aussi la rencontre avec Mme Delgado, la femme avec la jambe de bois au wagon restaurant, année terrifiante que cette année 38;à ce moment là, il n'est pas encore conscient que tout le monde va être broyé.
Et tant mieux si mes lectures déclenchent autant d'intêret
amities AME

PS A part çà, une visite à "pensées classées" ; il ferme définitivement en décembre, il aura tout tenter pour tenir

Écrit par : Anne-Marie Emery | 18/09/2009

Oui, j'y suis allé hier... Il trouvera quelque chose, c'est juste une partie remise, je suppose, une bataille pas la guerre... Enfin on soutient... je vais lire pour Pierre Ménard la page 48 de Pereira, je pense... A bientôt

Écrit par : PdB | 18/09/2009

Bien sûr, on le soutient ; on trouve plein de trucs chez lui; Ellis Island de Perec, une biographie de Truffaut(pas les graines...le cinéaste!) A + AME

Écrit par : Anne-Marie Emery | 18/09/2009

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