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04/10/2009

Je vais à pied

"On ne peut pas connaitre un pays par la seule science géographique.On ne peut, je crois, rien connaitre par la science;c'est un instrument trop exact et trop dur.Le monde a mille tendresses dans lesquelles il faut se plier pour les comprendre; la certitude géographique est semblable à la certitude anatomique. Vous savez exactement d'où le fleuve part, et où il arrive et dans quel sens il coule, mais la vraie puissance du fleuve, ce qu'il représente dans le monde, sa lumière intérieure, son charroi de reflets, sa charge sentimentale de souvenirs, ce lit magique qu'il se creuse intantanément dans notre âme, ses impondérables limons dans les océans intérieurs de la conscience des hommes, la géographie ne vous l'apprend pas plus que l'anatomie n'apprend au chirurgien le mystère des passions.Il n'y a pas de plus puissant outil d'approche et de fréquentation que la marche à pied...

Il me faut employer dans mon déplacement cette lenteur qui met un temps infini et combien de délicatesse pour passer du plateau porteur de chênaies aux alluvions lointaines de ruisseaux et des fleuves, couvertes de champs où s'épaississent les herbes bleues. Je n'apprendrais rien si je devais me heurter violemment aux harmonies que cette terre compose avec patience et certitude.Ils me font rigoler quand ils disent que je suis poète.Triste défaite de corps qui ont perdu le goût de vivre parce qu'ils ont perdu la façon.Je vais à pied; du temps que je fais un pas, la sève monte de trois pouces dans le tronc du chêne, le saxifrage du matin s'est relevé de deux lignes,le buis a changé mille fois le scintillement de toutes ses feuilles, l'alouette m'a vu et a eu le temps de se demander  ce que je suis, puis qui je suis, ;le vent m'a dépassé, est revenu autour de moi, est reparti. Du temps que je fais l'autre pas, la sève continue à monter, et le saxifrage à se relever, le buis à frémir, l'alouette sait qui je suis et se le répète à tue-tête, dans le cisaillement métallique de son bec dur; et ainsi, de pas en pas tandis que la vie est la vie et que la route ne va pas à quelque endroit mais est quelque chose."

JEAN  GIONO           [Provence]

14:08 Publié dans Livre | Lien permanent | Commentaires (6)

Commentaires

C'est bien, le plan de la non-connaissance par la science, hein... Et aussi celle qui vient de seulement la marche à pied, je me souviens de Henri Bosco, tu vois, Giono je ne l'ai pas lu, pourquoi, je ne sais, on passe à côté, je suppose, j'en sais rien, le passé marqué de condamnation pourtant je crois jamais prouvée avec les pétainistes, ou la collaboration, mais il décrit bien ce que c'est que la marche, dans Paris ou sa campagne, j'aime ça...

Écrit par : PdB | 09/10/2009

oui, les scientifiques purs me glacent, qu'y puis-je? il leur manque une dimension de taille , l'affect. et peu importe, selon moi, si l'on est gouvernés par l'affect.
oui, je crois que cette collaboration avec les petainistes l'a déservi , je ne sais ce qu'il en est mais il y bien d'autres écrivains peu sympathiques qu'on lit tout de même, Celine, Cocteau. Il y a aussi un côté un peu facile qui consiste à dire de la Provence le contraire de tout un chacun; ce n'est pas du tout ce qu'il faut chercher dans Giono c'est le côté métaphysique qui est très profondément analysé,il faut le différencier de Bosco et Pagnol qui font sourire et font merveilleusement vivre les gens du sud, sans complaisance d'ailleurs. Je suis convaincue qu'il n'y a qu'en marchant qu'on voit et sent les choses et il le dit somptueusement.That's why..
AME

Écrit par : Emery | 09/10/2009

ah non, un jour j'ai vu Jankélévitch, à la télé, je crois que c'était "apostrophes", ou "ouvrez les guillemets" mais sûrement pivot, et il disait qu'il ne pourrait jamais (de son vivant...) pardonner aux Allemands, comme ça (voir l'Affiche Rouge : "je meurs sans haine en moi pour le peuple allemand") eh bien, chère Anne Marie, il en est de même pour moi et Céline, impossible, j'ai essayé, impossible et tant mieux.
Cocteau, je l'aime au cinéma, j'aime les candélabres du couloir du château de la Bête tenus à bras nus, j'aime Maria Casarès (depuis toujours et pour toujours) et François Perrier (avec Simone Signoret Police Python 357 magnifique aussi) mais surtout Heurtebise : oui, là oui. Céline jamais.

Écrit par : PdB | 09/10/2009

je préfère tout de même mettre le nez dans un tas de choses en matière de lectures, en réalité je suis depuis mon plus jeune âge, touchée ou empoignée par un livre ou pas ;le seul handicap aura été le manque de temps pour lire encore plus. AME

Écrit par : Emery | 09/10/2009

ici
http://networkedblogs.com/p14241945
la lecture de la page 48 par mapomme...
Amitiés AME

Écrit par : pdB | 11/10/2009

merci de m'avoir fait connaitre "liminaire", manque de temps pour explorer toutes les pages liens de FB, crois bien que çà ne constitue pas une excuse...
la voix....c'est autre chose . A quand le livre lu, complet? dans cet esprit, les lettres de La Fontaine à sa femme, voyage de Paris en Limousin, absolument savoureux..
AME

Écrit par : Emery | 12/10/2009

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