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06/12/2009

Il me suit...

"Je vous ai reconnu de loin, quel bonheur! s'écria Elsa.

Ses dents claquaient. Elle était sans chapeau.

Je l'ai perdu en courant, je ne voulais pas aller chez moi, continua-t-elle ne liant plus ses pensées; Il me suit....

Dans la rue, murmura-t-elle sans oser faire un geste.

Il n'y avait pas un passant sur la chaussée, j'allais croire à une hallucination lorsque j'aperçus une voiture puissante qui rampait vers nous; Je ne trouve pas d'autre terme  pour cette insensible avance d'un monstre silencieux, luisant et magnifique. Derrière le volant, je distinguai,sur des épaules herculéennes, une minuscule tête.

Marchons un peu, proposai-je, nous verrons bien.

Règlant son allure sur la nôtre,l'automobile vira, penétra dans la rue Mansart. Mes jambes ne me tiennent plus, gémit Elsa. Nous étions devant la "Cloche d'or" un restaurant ouvert toute la nuit et où j'avais mes habitudes. Il n'y avait pas de meilleur refuge pour Elsa; Je voulais qu'elle prît quelque nourriture et une boisson chaude. Elle me laissa commander  ce que je voulus , les yeux rivés sur la porte.

Quelques instants après, la porte s'ouvrit pour laisser entrer le personnage que j'avais entrevu chez Ginette; Il s'installa en face de nous, et ne quitta plus Elsa du regard. Je remarquai l'espèce de lie qui reposait au fond de ses yeux clairs et qui parfois les obscurcissait complètement. Ses paupières n'avaient presque pas de cils; son visage demeurait sans mouvement, sans expression, sauf aux instants précis où je sentais un frisson violent traverser la chair tremblante d'Elsa; alors, les lèvres acérées et pâles de l'homme se relevaient et ses narines fragiles, comme usées se dilataient un peu. Si cette confrontation ne prenait pas fin, j'aurais à emporter Elsa évanouie...

Pourquoi suivez vous cette femme? Elle est en ma compagnie , et je ne permettrai pas...

Permettez moi de vous dire, monsieur que je ne persécute personne. je tiens à contempler le plus longtemps possible la belle Elsa Wiener, dont je suis un vieil admirateur et je continuerai.....

Je poussai Elsa dans un taxi, la menai à son hotel.Je fis sortir Max de son réduit et lui ordonnai: Quand Elsa sera couchée, tu iras dormir chez elle; je ne croyais à aucun péril, je parlais ainsi pour rassurer un peu la malheureuse que la panique mettait à bout.

 Tu feras bien reconnaitre ta voix, je m'enferme tout de suite;comme nous sortions de l'hotel, l'homme mettait

 sa voiture en marche. C'est une automobile allemande, dis-je à Max, tu as vu la plaque?

Je connais cette figure, murmura l'infirme, je l'ai déjà vue dans Montmartre mais aussi quelque part ailleurs, il me semble...Où?"

JOSEPH  KESSEL     [La passante du Sans-Souci]

 

 

14:07 Publié dans Livre | Lien permanent | Commentaires (5)

Commentaires

Tiens c est jolie chez vous
c est PdB qui m a donne la clef
Je ne vous suis pas mais je aimerais bien vous voir a Paris j arrive le 9 et je pars le 10 Dec
Je ne sais pa si ca c est possible.

Écrit par : Orsalia | 08/12/2009

çà parait en effet trop court(petit problème medical familial); la prochaine fois préviens moi plus tôt ; quel dommage! et courage pour ce qui se passe dans ton pays.
merci d'avoir lu mon blog; je trouve passionnant de faire les recherches sur d'anciennes et nouvelles lectures; à bien tôt amitiés littéraires Anne-Marie

Écrit par : Emery Anne-Marie | 08/12/2009

oubli qui fait un peu ingratitude
merci à PdB d'avoir prévenu Orsalia de mon existence de blogueuse; c'est génial si ses amis polyglottes en Grèce lisent mes trouvailles.
amitiés littéraires
PS, quelle intuition Kessel avait en 1936 de la suite des evenements! tout dans ce dernier passage indique qu'il avait compris la gravité de ce qui se tramait; m'a fait penser à Tabucchi en 38 au Portugal et à A. Fournier dans le" Grand Meaulnes"

Écrit par : Emery Anne-Marie | 08/12/2009

Mais non, de rien...
Le passage est vraiment extra : moi ça m'a fait penser à Imre Kertezs, le livre où il revient dans sa Pologne fortune faite, il me semble (je ne me souviens plus du titre, mais ça reviendra : le héros, c'est celui qui attend soin heure... brrr) (ou alors je me plante et c'est Isaac Singer, enfin un écrivain juif, c'est sûr - ça ne fait pas une tellement bonne définition, mais dans le cas présent...)

Écrit par : PdB | 08/12/2009

si par hasard , le titre de ce bouquin te revient, je suis preneur, tu peux passer par le petit journal, puisque je bouffe à tous les rateliers;merci AME

Écrit par : emery anne-marie | 11/12/2009

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