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27/12/2009

Pourquoi cela? C'est inutile...

"Jusqu'alors il avait jugé ces êtres-là inaccessibles, uniquement crées et mis au monde pour rouler dans de belles voitures, avec cochers et valets de pied de grand style et n'accordant aux pauvres pietons que des regards indifférents. ET voilà qu'une de ces nobles créatures avait pénétré chez lui pour lui commander le portrait de sa fille et l'inviter dans son aristocratique demeure....Enfin, la grande dame et sa pâle enfant arrivèrent. Il les fit asseoir, avança la toile et se mit à peindre. La journée ensoleillée, le vif éclairage, lui permirent d'apercevoir sur son fragile modèle certains détails qui, traduits sur la toile, donneraient une grande valeur au portrait; son coeur commença même à battre légèrement quand il sentit qu'il allait exprimer ce dont nul avant lui ne s'était encore aperçu. A voir si bien rendus par son pinceau ces traits délicats, cette chair exquise, quasi diaphane, il se sentait défaillir. Il tâchait de saisir la moindre nuance, un léger reflet jaune, une tâche bleuâtre à peine visible sous les yeux et copiait déjà un petit bouton poussé sur le front, quand il entendit au-dessus de lui la voix de la maman:Eh non, voyons, pourquoi cela?, c'est inutile; il me semble qu'à certains endroits vous avez fait ...un peu jaune. Et ici, tenez, on dirait de petites taches sombres.

Le peintre voulut expliquer que précisément ces taches et ces reflets jaunes mettaient en valeur l'agréable et tendre coloris du visage.Il lui fut répondu qu'elles ne mettaient rien du tout en valeur , que c'était là une illusion de sa part.L'artiste ne trouva rien à lui répondre.Bon gré mal gré, il dut effacer ce que son pinceau avait fait naitre sur la toile; il se mit à donner machinalement au tableau cette note uniforme qui se peint de mémoire et transforme les portraits d'êtres vivants en figures froidement irréelles, semblables à des modèles de dessin....Plein de ces impressions, il écarta le portrait, alla chercher une tête de Psyché qu'il avait naguère ébauchée puis abandonnée dans un coin. C'était une figure dessinée avec art mais froide, banale et conventionnelle. Il la reprit dans le dessein d'y fixer les traits qu'il avait pu observer sur son aristocratique visiteuse .

Lise, Lise, ah que c'est ressemblant! Superbe, Superbe, quelle bonne idée vous avez eue de l'habiller d'un costume grec! Ah, quelle surprise!

Le peintre ne savait comment les tirer de cette agréable erreur. Mal à l'aise, baissant les yeux, il murmura: c'est Psyché."

 

GOGOL        [Le journal d'un fou]     Le portrait

12:05 Publié dans Livre | Lien permanent | Commentaires (2)

Commentaires

tous mes voeux AME et merci de ces partages toujours profitables.

Écrit par : PdB | 02/01/2010

une douce année à toi, pleine de bons moments et une super forme pour aller nous faire de belles photos quasi quotidiennes; un grand merci....AME

Écrit par : Emery Anne-Marie | 02/01/2010

Les commentaires sont fermés.