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23/01/2010

J'ai toujours vécu seul

"Alors, c'est ici que vous allez vivre; çà m'en a tout l'air. C'est un peu triste. Les maisons qui sont restées longtemps inoccupées le sont toujours. Et vous allez habiter ici tout seul, rien que vous. Pas tout à fait, je viens à peine de déménager et vous voilà déjà en visite. Je ne compte pas, je ne suis pas une compagnie. Vous comptez suffisamment pour m'avoir obligé à sortir du lit, par ce froid et à vous ouvrir la porte, je vais finir par vous donner une clef. Je ne saurais pas m'en servir, si je pouvais traverser les murs, j'éviterais de vous déranger. Allons, allons, ne prenez pas ces paroles au sérieux, je suis très heureux que vous soyez venu, cette première nuit ne s'annonçait pas facile. Peur. Un peu, quand j'ai entendu frapper, je n'ai pas pensé que çà pouvait être vous, ce n'était pas précisément de la peur, plutôt la solitude. Ah, la solitude, il vous faudra encore beaucoup apprendre pour savoir ce que c'est. J'ai toujours vécu seul. Mais la solitude, ce n'est pas vivre seul, c'est être incapable de tenir compagnie à quelqu'un ou à quelque chose qui est au fond de nous, la solitude, ce n'est pas l'arbre isolé au milieu de la plaine, c'est la distance entre la sève profonde et l'écorce, entre la feuille et la racine. Vous délirez, ces choses dont vous parlez sont liées entre elles, je ne vois là aucune solitude. Laissons l'arbre et regardez à l'intérieur de vous-même, vous y trouverez la solitude. Comme disait l'autre, marcher solitaire au milieu de la foule. Pire que çà, être solitaire, c'est être là où nous-mêmes ne sommes pas. Vous êtes d'une humeur massacrante aujourd'hui.. J'ai mes mauvais jours. Ce n'était pas de cette solitude là dont je parlais, mais de l'autre de celle qui nous accompagne, la supportable, celle qui nous tient compagnie. Celle-là non plus, nous ne la supportons pas toujours, nous désirons une présence, une voix et le plus souvent cette voix, cette présence, ne servent qu'à rendre la solitude plus intolérable."

JOSE  SARAMAGO     [L'année de la mort de Ricardo Reis]

11:45 Publié dans Livre | Lien permanent | Commentaires (4)

Commentaires

j'adore cet auteur; je suis en train de lire "l'aveuglement", j'aime beaucoup le Portugal comme tu sais, mais juste pour la porte vers le sud de l'océan je crois, mais aussi pour ce partage des sens qu'ils savent tellement rendre, je me disais il n'y a pas longtemps que les Chinois n'avaient jamais eu l'esprit de coloniser la Terre contrairement aux Français, Anglais, Espagnols Portugais, hein et même Japonais je pense, ils ont quelque chose qui m'est semblable, un peu comme si j'y voyais des parents éloignés, quelque chose comme ça, j'y suis allé l'année dernière en juin, pour la première fois, et, sans doute disposition d'esprit particulière, mais je m'y suis trouvé juste comme chez moi (c'est d'ailleurs où j'étais...)... Une belle culture, en tout cas (Antunes aussi, Pessoa aussi tout ça...) Merci des morceaux choisis AME.

Écrit par : PdB | 24/01/2010

Oui, je suis décidée à approfondir ma connaissance de Saramago; je lirai donc "l'aveuglement"; pas son pareil, à ma connaissance, pour évoquer le balancement, dans nos faits et gestes quotidiens entre ce qu'on affiche et ce qu'on masque et plus on vieillit, plus on avance masqué, je crois, j'ai cru au début avoir du mal avec mon non-goût pour Pessoa(il m'ennuie, je ne rentre pas dedans) alors que Saramago m'embarque à la première page,sensation qu'il me rentre dans le corps, tu parlais des sens, les relations avec les Portugais sont toujours fortes, et l'engagement politique de celui-là est admirable, il fallait oser.Ils sont tournés vers l'océan, c'est peut-être banal de le dire mais je crois tant à la géographie, regarde ce que F B nous tire du Québec en ce moment, regarde ce que B Redonnet transmet de sa Pologne, ce qu'Orsalia nous donne à voir de sa Grèce; çà me donne l'idée de creuser ce filon de réflexion ; désolée de ne pas être trop photo, pour moi les mots sont primordiaux et le temps presse, les langues s'abiment; relisons ce qui est riche, dense.
Amitiés AME

Écrit par : Anne-Marie Emery | 25/01/2010

... plus intolérable."

Ou plus agréable ? ^^

Écrit par : Ladyboy | 01/02/2010

Agréable, je ne sais pas mais essentielle lorsqu'on se rend compte qu'on a besoin de paix.

Écrit par : Emery Anne-Marie | 01/02/2010

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