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23/01/2010

J'ai toujours vécu seul

"Alors, c'est ici que vous allez vivre; çà m'en a tout l'air. C'est un peu triste. Les maisons qui sont restées longtemps inoccupées le sont toujours. Et vous allez habiter ici tout seul, rien que vous. Pas tout à fait, je viens à peine de déménager et vous voilà déjà en visite. Je ne compte pas, je ne suis pas une compagnie. Vous comptez suffisamment pour m'avoir obligé à sortir du lit, par ce froid et à vous ouvrir la porte, je vais finir par vous donner une clef. Je ne saurais pas m'en servir, si je pouvais traverser les murs, j'éviterais de vous déranger. Allons, allons, ne prenez pas ces paroles au sérieux, je suis très heureux que vous soyez venu, cette première nuit ne s'annonçait pas facile. Peur. Un peu, quand j'ai entendu frapper, je n'ai pas pensé que çà pouvait être vous, ce n'était pas précisément de la peur, plutôt la solitude. Ah, la solitude, il vous faudra encore beaucoup apprendre pour savoir ce que c'est. J'ai toujours vécu seul. Mais la solitude, ce n'est pas vivre seul, c'est être incapable de tenir compagnie à quelqu'un ou à quelque chose qui est au fond de nous, la solitude, ce n'est pas l'arbre isolé au milieu de la plaine, c'est la distance entre la sève profonde et l'écorce, entre la feuille et la racine. Vous délirez, ces choses dont vous parlez sont liées entre elles, je ne vois là aucune solitude. Laissons l'arbre et regardez à l'intérieur de vous-même, vous y trouverez la solitude. Comme disait l'autre, marcher solitaire au milieu de la foule. Pire que çà, être solitaire, c'est être là où nous-mêmes ne sommes pas. Vous êtes d'une humeur massacrante aujourd'hui.. J'ai mes mauvais jours. Ce n'était pas de cette solitude là dont je parlais, mais de l'autre de celle qui nous accompagne, la supportable, celle qui nous tient compagnie. Celle-là non plus, nous ne la supportons pas toujours, nous désirons une présence, une voix et le plus souvent cette voix, cette présence, ne servent qu'à rendre la solitude plus intolérable."

JOSE  SARAMAGO     [L'année de la mort de Ricardo Reis]

11:45 Publié dans Livre | Lien permanent | Commentaires (4)

19/01/2010

Dernières heures à bord du Titanic

"Les petits canots, lesquels avaient été avertis de rester groupés, dérivent séparément.Nous sommes entièrement seuls. Je suis engourdie et rame mécaniquement; il n'y a pas de port. Nous sommes à deux cents miles de la terre. Nous savons cela de la brute qui tient la rame qui sert de gouvernail. Il nous a également rappelé que nous n'avons ni eau ni biscuit. Au dessus de nos têtes, les incroyables étoiles sont intimement proches.

De ce qui se trame autour de moi, je n'ai qu'une faible conscience durant ces heures de la nuit, je ne suis pas réellement attristée par la jeune fille grelottante à qui je donne une couverture; je suis indifférente à l'angoisse d'une mère qui perd sa santé mentale à la suite de la disparition de son fils; je sens qu'il y a de la folie dans le fait de se laisser captiver par de pareilles étoiles au-dessus de nos têtes...Les couleurs se massent au-dessus des cieux pour le festival du lever du jour. La mer noire montre d'attirants remous colorés comme de l'onyx; un spectacle grandiose d'une paradisiaque beauté se répand autour de moi. Un groupe d'icebergs éclatés, tous inondés d'un rose scintillant est en train de poser sur la mer.Pas un mais vingt, trente.

Mon stupide état d'inconscience est éveillé à une telle incroyable beauté; j'entends faiblement des voix autour de moi demandant à l'homme au gouvernail si le bateau de secours va venir où nous sommes pour nous embarquer.

Non, il ne le fera pas. Il est là pour récupérer les corps, c'est ce qu'il est en train de faire."

HELEN CHURCHILL CANDEE        Manuscrit autographe    [Les dernières heures vécues à bord du Titanic]

09:38 Publié dans Livre | Lien permanent | Commentaires (0)

16/01/2010

Sonnet 18

Puisqu'à l'occasion de la sortie de Bright Star, Pierre Assouline et ceux qui le commentent aujourd'hui nous régalent de poésie anglaise,je ne résiste pas, je vous livre cette merveille, dont j'espère que la musicalité vous touchera et dont j'ai bien du mal à croire qu'elle ait été écrite pour un jeune homme; ce sonnet est toute féminité, selon moi.

"Shall I compare thee to a summer's day ?

Thou art more lovely and more temperate:

Rough winds do shake the darling buds of May,

And summer's lease hath all too short a date:

Sometime too hot the eye of heaven shines,

And often is his gold complexion dimm'd;

And every fair from fair sometime declines,

By chance or nature's changing course untrimm'd;

But thy eternal summer shall not fade

Nor lose possession of that fair thou owest;

Nor shall Death brag thou wander'st in his shade,

When in eternal lines to time thou growest:

So long as men can breathe or eyes can see,

So long lives this and gives life to thee.

WILLIAM   SHAKESPEARE   [Sonnets]

17:16 Publié dans Livre | Lien permanent | Commentaires (0)