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01/02/2010

La joyeuse Angleterre!

L'auto monta péniblement à travers la longue rangée sordide de Tavershall, les maisons de brique noircie, les toits d'ardoise noire abrupts et luisants, la boue noire de charbon, les pavés humides et noirs. La tristesse semblait avoir tout détrempé. Rien de plus terrible que cette complète négation de toute beauté naturelle, cette parfaite négation de toute joie de vivre, cette absence complète de l'instinct de beauté que possède même un oiseau, même un animal, cette mort complète de toute faculté d'intuition humaine. Les piles de savon dans les boutiques d'épicerie, la rhubarbe et les citrons chez les fruitiers, les hideux chapeaux chez les modistes défilaient dans toute leur laideur, suivie par la monstruosité plâtre et or du cinéma dont les affiches humides annonçaient "l'amour d'une femme".

C'était là Tavershall! La joyeuse Angleterre, l'Angleterre de Shakespeare! Non, certes, mais l'Angleterre d'aujourd'hui.Constance s'en rendait bien compte depuis qu'elle était venue y vivre;cette Angleterre était en train de produire une nouvelle race d'hommes hyper-sensibles à l'argent, mais pour tout ce qui est spontané ou intuitif, plus morte que des morts; des demi-cadavres, mais dont la moitié vivante vivait avec une étrange résistance. Il y avait dans tout cela quelque chose de sinistre. C'était un monde souterrain et imprévisible. Comment pourrions-nous comprendre les réactions d'un demi-cadavre? Constance vit passer de grands camions pleins d'ouvriers des aciéries de Sheffield, de pauvres petits êtres misérables, tordus et elle se sentait défaillir dans ses entrailles. Elle pensait:"Ah, Dieu, qu'est ce que l'homme a fait à l'homme? Qu'est ce que les dirigeants de l'humanité ont fait à leurs semblables? Ce n'est plus qu'un cauchemar". Au delà de ces blocs de maisons s'élevaient les effrayantes, étonnantes, aériennes constructions de la mine moderne et devant cela le jeu de dominos s'étendait toujours, comme surpris d'exister et attendant qu'on le joue."

D.H Lawrence       [L'amant de lady Chatterley]

14:38 Publié dans Livre | Lien permanent | Commentaires (1)

Commentaires

voilà qui m'a fait penser aux charters de nos jours, à la moitié de mort (les trois quarts, quatre vingt dicx pour cent) qui doit animer nos gouvernants, tu vois, pour qu'ils aient ainsi la culture et l'amour du chiffre... Quelle horreur, mais quelle horreur... vraiment, un cauchemar

Écrit par : PdB | 08/02/2010

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