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13/02/2010

Un groupe de femmes

"En ce moment, presque tous les convives se roulaient au sein de ces limbes délicieuses où les lumières de l'esprit s'éteignent, où le corps délivré de son tyran s'abandonne aux joies délirantes de la liberté. les uns arrivés à l'apogée de l'ivresse restaient mornes et péniblement occupés à saisir une pensée qui leur attestât leur propre existence, les autres plongés dans le marasme produit par une digestion alourdissante niaient le mouvement; d'intrépides orateurs disaient encore de vagues paroles dont le sens leur échappait à eux-mêmes. Le silence et le tumulte s'étaient bizarrement accouplés. Néanmoins en entendant la voix sonore du valet qui, à défaut d'un maitre, leur annonçait des joies nouvelles, les convives se levèrent, entrainés, soutenus ou portés les uns par les autres.

Sous les étincelantes bougies d'un lustre d'or, autour d'une table chargée de vermeil, un groupe de femmes se présenta soudain aux convives hébétés dont les yeux s'allumèrent comme autant de diamants; c'était une haie de fleurs mélées de rubis, de saphirs et de corail; une ceinture de colliers noirs sous des cous de neige, des turbans orgueilleux, des tuniques modestement provocantes. Là, une gaze diaphane, ici, la soie chatoyante cachaient ou révèlaient des perfections mystérieuses; de petits pieds étroits parlaient d'amour, des bouches fraiches et rouges se taisaient. De frêles et décentes jeunes filles, vierges factices dont les jolies chevelures respiraient une religieuse innocence, se présentaient aux regards comme des appararitions qu'un souffle pouvait dissiper...Une Anglaise,blanche et chaste figure aérienne ressemblait à un ange de mélancolie, à un remors fuyant le crime. La Parisienne dont toute la beauté gît dans une grâce indescriptible, vaine de sa toilette et de son esprit, armée de sa toute-puissante faiblesse, souple et dure, sirène sans coeur et sans passion, mais qui sait artificieusement créer les trésors de la passion et contrefaire les accents du coeur, ne manquait pas à cette périlleuse assemblée où brillaient encore de riches Normandes aux formes magnfiques, des femmes méridionales aux yeux bien fendus.

Cet embarras  craintif, reproche ou coquetterie tout ensemble, était ou séduction calculée ou pudeur involontaire. Peut-être un sentiment que la femme ne dépouille jamais complètement, leur ordonnait-il de s'envelopper dans le manteau de la vertu pour donner plus de charme ou de piquant aux prodigalités du vice."

 

HONORE DE BALZAC       [La Peau de chagrin]

17:36 Publié dans Livre | Lien permanent | Commentaires (0)

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