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20/03/2010

Les prolétaires

"Il y eut une nouvelle explosion de glapissements. Deux femmes énormes, dont l'une avait les cheveux défaits, s'étaient emparées de la même casserole et essayaient de se l'arracher l'une l'autre des mains. Elles tirèrent violemment toutes deux un moment, puis le manche se détacha. Winston les regarda avec dégoût.

Winston écrivit: ils ne se révolteront que lorsqu"ils  seront devenus conscients et ils ne pourront devenir conscients qu'après s'être révoltés.

Le parti prétendait naturellement avoir délivré les prolétaires de l'esclavage. Avant la révolution, ils étaient hideusement opprimés par les capitalistes. Ils étaient affamés et fouettés. Les femmes étaient obligées de travailler dans les mines de charbon(des femmes d'ailleurs travaillaient encore dans des mines de charbon). Les enfants étaient vendus aux usines dès l''âge de six ans.Mais  en même temps que ces déclarations, en vertu des principes de la double-pensée, le parti enseignait que les prolétaires étaient des inférieurs naturels, qui devaient être tenus en état de dépendance, comme les animaux, par l'application de quelques règles simples. Aussi longtemps qu'ils continueraient à travailler et à engendrer, leurs autres activités seraient sans importance. Laissés à eux-mêmes comme le bétail lâché dans les plaines de l'Argentine, ils étaient revenus à un style de vie qui leur paraissait naturel, selon une sorte de canon ancestral. Ils naissaient, ils poussaient dans la rues allaient au travail à partir de douze ans. Ils traversaient une brève période de beauté florissante et de désir.Ils se mariaient à vingt ans, étaient en pleine maturité à trente et mouraient pour la plupart à soixante ans.

Le travail physique épuisant, le souci de la maison et des enfants, les querelles mesquines entre voisins, les films, le football, la bière et surtout le jeu formaient tout leur horizon et comblaient leurs esprits. Les garder sous contrôle n'était pas difficile."

GEORGE   ORWELL   [1984]

13:37 Publié dans Livre | Lien permanent | Commentaires (0)

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