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03/04/2010

Impossible de changer le fond de notre nature

"Les personnes dont les paroles expriment exactement la réalité de la vie sont très rares. Peut-être ces personnes forment-elles une exception rarissime. Je ne parle pas évidemment des menteurs, ni de ceux qui ne savent pas s'exprimer avec précision; je veux dire qu'il ne nous est d'ailleurs d'aucune utilité de connaitre la vérité et d'accroitre notre expérience puisqu'il nous est impossible de changer le fond de notre nature. A tout bien considérer, ce que nous pourrions obtenir à la rigueur au cours de notre existence, ce serait uniquement la mise en harmonie, sage et prudente de notre nature réelle avec les réalités immuables du monde, dit-il d'un ton teinté tout d'un coup d'humilité. Il nous reste l'action, objecte Conrad avec fermeté, moi, par exemple, j'avais pris la décision de renoncer à tout et de partir, dit-il en levant les yeux vers le général...

Il n'est pas vrai que les hommes ne peuvent faire autrement que de supporter leur destin. Les hommes peuvent aussi le diriger. Ils déterminent eux-mêmes ce qui doit leur arriver. Ils attirent leur destin à eux et ne s'en séparent plus. Ils sont ainsi faits qu'ils agissent comme ils doivent le faire, même si de prime abord, ils savent que leurs actes leur seront néfastes; le destin n'intervient pas aveuglément dans notre vie. Disons plutôt qu'il y pénètre par la porte que nous lui avons ouverte nous-mêmes en l'invitant poliment à entrer.Car nul être humain ne possède assez de puissance et d'intelligence, pour écarter avec des mots et des actes le malheur qui résulte de sa nature, de son caractère , suivant des lois impitoyables."

SANDOR   MARAI     [Les braises]

 

Je n'avais jamais mis le nez dans la littérature hongroise; ce livre m'a paru être une source énorme de réflexion; la lourdeur vient selon moi de la traduction; il faut passer outre.

09:52 Publié dans Livre | Lien permanent | Commentaires (2)

Commentaires

"les lois impitoyables du destin" c'est le truc slave par excellence (l'âme slave, j'ai l'âme slave...) : c'est bien pour la fiction, c'est moins bien pour la réalité, notamment celle qui a trait aux relations (chez les socio-ethno-anthropologues on dit "interpersonnelles") parce que il est peu avéré que les destins des uns et des autres se rejoignent... Il y avait Imre Kertesz, qui était - qui l'est toujours, je crois- hongrois et ses livres (bien que très emprunt de l'horreur de l'antisémitisme, des camps de concentration - d'où il réchappa enfant) ont quelquefois aussi cette saveur slave (destin, fatalité, déterminisme comme mon maître Bourdieu qui l'abjurait à longueur de textes et de séminaires) .Il me fait assez penser aussi à Jorge Semprun, mais dans un autre état, semblable cependant, dans "l'écriture ou la vie" qui est un très joli livre d'après le désastre. En tout cas, Sandor est un beau prénom, à ce qu'il m'apparaît... Merci pour les extraits toujours, on ne te le dit pas assez je pense.

Écrit par : PdB | 07/04/2010

oui, le destin, la chance; j'avais déjà mis un extrait de Cingria(Bois sec ,bois vert) ils ne sont rien sans un vrai coup de pouce , un rien d'insolence, il faut pour cela avoir eu une éducation qui a donné confiance en soi; on le voit dans les rencontres fondamentales qu'on fait et qui changent tout mais alors, on tombe comme tu le dis dans les relations sociales qui changent, compliquées où manquent la bonne foi, l'humilité, et gangrénées par la jalousie, le besoin de prouver que...nager dans les superficies, les apparences; seule solution pour être serein, se tenir à l'écart . à lire aussi en ce moment, le témoignage de B.R dans l'exil des mots et comment les polonais imputent leur sort actuel à leur histoire et en filigrane, l'importance des religions et du sol et comment il nous façonne; questions à se poser sur la fatalité; je dévore, pas d'autre mot et il en sera reparlé, le dernier Dany Laférrière et comment survivre quand on a fui Haïti.
Bref, il faudrait des journées de 48 heures.
merci pour ta fidélité, à bientôt A.M

Écrit par : Anne-Marie Emery | 08/04/2010

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