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17/04/2010

Des haricots, la vie

"Ce fut bien uniquement pour des raisons d'argent, mais combien urgentes et impérieuses, que je me mis à la recherche de Lola! Sauf cette nécessité piteuse, comme je l'aurais bien laissée vieillir et disparaitre sns jamais la revoir ma petite garce d'amie! Somme toute à mon égard, elle s'était comportée de la façon la plus désinvolte.

L'égoisme des êtres qui furent mélés à notre vie, quand on pense à eux, vieilli, se montre indéniable, tel qu'il fut c'est à dire, en acier, en platine, et bien plus durable encore que le temps lui-même.

Pendant la jeunesse, les plus arides indifférences, les plus cyniques mufleries, on arrive à leur trouver des excuses de lubies passionnelles et puis je ne sais quels signes d'un inexpert romantisme. Mais plus tard quand la vie vous a montré tout ce qu'elle peut exiger de cautéle, de cruauté, de malice pour être seulement entretenue tant bien que mal à 37°, on se rend compte, on est fixé, bien placé, pour comprendre toutes les saloperies que contient un passé. Il suffit en tout et pour tout de se comtempler scrupuleusement soi-même et ce qu'on est devenu en fait d'immondice. Plus de mystère, plus de niaiserie, on a bouffé toute sa poésie puisqu'on a vécu jusque là. Des haricots, la vie.

Ma petite mufle d'amie, j'ai fini par la découvrir avec bien du mal, au vingt et troisième étage d'une 77ème rue. c'est inoui ce que les gens auxquels on s'apprête à demander un service peuvent vous dégoûter.C'était cossu chez elle et bien dans la note de ce que je l'avais imaginé.J'essayai en  matière de préambule d'ébaucher une sorte de conversation anodine à l'aide des sujets de notre passé, mentionnant entre autres, mais sans insister la guerre en tant qu'épisode. Ici, je commis une lourde gaffe. Elle ne voulait plus en entendre parler de la guerre, plus du tout; çà la vieillissait. Vexée, du tac au tac, elle me confia qu'elle ne m'aurait point reconnu dans la rue, tellement que l'âge m'avait ridé, gonflé, caricaturé. Nous en étions à ces courtoisies. Je ne daignais même pas relever ces lâches impertinences.Son mobilier ne se parait d'aucune grâce imprévue. La méthode et les détails d'une fortune rapide vous donnent toujours une impression de magie..J'aurais donné  mon dernier dollar à la concierge de Lola, rien que pour la faire parler.

Mais il n'existait pas de concierge dans sa maison, la ville entière manquait de concierges. Une ville sans concierge çà n'a pas d'histoire, pas de goût, c'est insipide, telle une soupe sans poivre ni sel, une ratatouille informe; détritus, bavures à suinter de l'alcôve,de la cuisine, des mansardes, à dégouliner en cascades de chez la concierge , en plein dans la vie, quel savoureux enfer!"

CELINE      [Voyage au bout de la nuit]

09:39 Publié dans Livre | Lien permanent | Commentaires (0)

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