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30/05/2010

C'est toi

"Il est un pays superbe, un pays de Cocagne , dit-on, que je rêve de visiter avec une vieille amie? Pays singulier, noyé dans les brumes de notre Nord,  et qu'on pourrait appeler l'Orient de l'Occident, tant la chaude et capricieuse fantaisie s'y est donné carrière, tant elle l'a patiemment et opiniâtrement illustré de ses savantes et délicates végétations.

Un vrai pays de Cocagne où tout est beau, riche, tranquille, honnête; où le luxe a plaisir à se mirer dans l'ordre; où la vie est douce et grasse à respirer; d'où le désordre, la turbulence et l'imprévu sont exclus; où le bonheur est marié au silence, où la cuisine elle-même est poétique, grasse et excitante à la fois, où tout vous ressemble; mon cher ange.

C'est là qu'il faut aller vivre. C'est là qu'il faut aller mourir!

Oui, c'est là qu'il faut aller respirer, rêver et allonger les heures par l'infini des sensations.

Oui, c'est dans cette atmosphère qu'il ferait bon vivre, là-bas où les heures plus lentes contiennent plus de pensées, où les horloges sonnent le bonheur avec une plus profonde et significative solemnité.

Un vrai pays de Cocagne où tout est riche , propre  et luisant, comme une belle conscience, comme une magnifique batterie de cuisine, comme une splendide orfèvrerie, comme une bijouterie bariolée! Les trésors du monde y affluent; pays signulier, supérieur aux autres, comme l'Art l'est à la Nature, où celle-ci est réformée par le rêve, où elle est corrigée, embellie, refondue.

Vivrons-nous jamais, passerons-nous jamais dans ce tableau qu'a peint mon esprit, ce tableau qui te ressemble?

Ces trésors, ces meubles, ce luxe, cet ordre, ces parfums, ces fleurs miraculeuses, c'est toi; c'est encore toi, ces grands fleuves et ces canaux tranquilles, ce sont mes pensées qui dorment ou qui roulent sur ton sein."

CHARLES BAUDELAIRE     [L'invitation au voyage ]

Le Spleen de Paris     (Petits poèmes en prose)

 

18:21 Publié dans Livre | Lien permanent | Commentaires (1)

21/05/2010

Une paire de chaussures de femme

"La main de D'Ortéga se déplaça vers sa hanche.les yeux de Jacob suivirent le mouvement tandis que les doigts bagués se repliaient sur un fourreau. Allait-il le faire? Est-ce que ce muscadin faisandé et arrogant allait vraiment attaquer son créancier, le tuer en se débarassant à la fois de la dette et de l'insulte sociale, même si cela signifiait un désastre financier total, dans la mesure où ses coffres étaient aussi vides que le fourreau? Jacob leva les yeux vers ceux d'Ortéga, remarquant la couardise de ces gentilhommes non-armés lorsqu'ils se trouvaient face à un homme du peuple. Il eut envie de rire; Où, sauf en cet univers désorganisé, une telle rencontre serait-elle possible? Où, sinon ici le rang tremblerait-il devant le courage? Jacob se détourna, laissant son dos exposé et vulnérable exprimer son mépris. Il ne tenta même pas de réprimer son ricanement en passant devant la cuisine et en donnant un coup d'oeil à la femme qui se tenait toujours sur le seuil.

Juste à ce moment-là, la petite fille sortit des jupes de sa mère. Elle avait aux pieds une paire de chaussures de femme bien trop grandes pour elle. Ce fut peut-être cette impression de licence, une insouciance nouvellement retrouvée accompagnant la vue de ces deux petites jambes surgissant comme deux ronces des souliers abimés et brisés, qui le fit rire.

Un rire sonore devant la comédie, devant l'irritation irrépressible, de cette visite. Son rire ne s'était pas encore apaisé lorsque la femme qui tenait le petit garçon blotti contre sa hanche s'avança. Sa voix était à peine plus qu'un murmure mais il était impossible de se tromper sur son caractère pressant.

-Je vous en prie ,Senhor. Pas moi, prenez là, prenez ma fille.

Jacob détourna les yeux des pieds de l'enfant pour le lever vers elle et il fut alors frappé par la terreur qu'il lut dans son regard, son rire s'étouffa en un grincement et il secoua la tëte en se disant "Que Dieu me vienne en aide si ce n'est pas là la plus misérable des affaires."

"Mais oui, mais bien sûr,  dit d'Ortéga en évacuant sa gêne de l'instant précédent et en tentant de retrouver sa dignité. Je vous la ferai parvenir. Immédiatement."

Il se dit que Rébekka serait sans doute contente d'accueillir une enfant à la maison. celle-ci, qui nageait dans ces horribles chaussures , semblait avoir le même âge que Patrician et si elle recevait le coup de sabot d'une jument, la perte ne bouleverserait pas autant Rebekka."

TONI  MORRISON   [ Un don ]

17:22 Publié dans Livre | Lien permanent | Commentaires (1)

14/05/2010

le 22 à Asnières

  En ligne, quelques extraits savoureux du sketch de Fernand Raynaud pour que la jeune génération soit initiée; mais il y faudra l'introduction des parents.

"-Vous voyez pas que je suis entrain de faire mes totaux?...

Allo, bonjour Georgette, je te reconnais à la voix, où c'est que t-as été danser samedi?? A la salle Wagram??j'y vais plus, c'est trop snob...

Allo, j'aimerais monsieur Vanderbrück, septante-cinq, c'est quoi??c'est nonante-cinq moins vingt...passez moi Liège, Belgium.

Ben et mon Asnières?

Allo, 6307, San Francisco.. en pleine Sylvanie; San francisco, cabine 7.

Ben et mon Asnières, j'avais demandé le 22.

Bitte, Fraülein, Berlin Alexander Platz.. Allo, hier gross Paris. Berlin, Kabin fûnf.

Danke schön, ...Bitte schön...Aufwiedersehen.

Ben et mon Asnières, j'avais demandé le 22 c'est qu'à 10 kms mais j'ai crevé avec mon vélo.

Allo, passez moi New York.

Oui, oui, New york , tout simplement.

 

Allo, New York, vous pourriez pas me passer le 22 à Asnières?"