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04/07/2010

D'énormes peines gaspillées pour une futilité

"Je rencontrai bientôt un autre vieillard, qui s'occupait de réparer une vieille clôture en ruine.Les poutres en étaient pourries , et au moindre geste du vieillard, elles s'effritaient en ocre jaune. Il eût fait bien mieux de laisser la clôture en paix, ou alors de se procurer des poutres neuves. Et je dois dire ici qu'une des raisons de ce triste fait que l'imbécillité est plus répandue chez les fermiers que dans toute autre classe de personnes tient à cette habitude de vouloir amender de vieilles clôtures pourries par de chaudes et énervantes journées de printemps. c'est une entreprise sans espoir. c'est une entreprise laborieuse et vaine. C'est une entreprise à vous fendre le coeur. d'énormes peines gaspillées pour une futilité. Car enfin, le moyen de faire tenir des clôtures pourries sur des poteaux pourris? par quelle magie redonner sève et vigueur à des bouts de bois qui ont alternativement gelé et grillé soixante hivers et soixante étés de suite? C'est cela, c'est cette misérable obstination à réparer des clôtures pourries avec leurs propres poutres pourries qui ont conduit tant de fermiers à l'asile.

On pouvait clairement lire les prémices de l'idiotie sur le visage du fermier en question; c'est que devant lui sur quelque soixante perches, s'étiraient les clôtures de Virginie les plus pathétiquement déprimées et désemparées  que j'ai vues de toute ma vie; pendant qu'un troupeau de bouvillons derrière, comme possédés du diable donnaient continuellement des cornes dans cette pitoyable vieille clôture,  où ils faisaient çà et là de franches brèches si bien que le vieillard était forcé de poser ses outils pour les refouler dans leurs limites...

-Mon ami,dis-je en m'adressant à cet infortuné mortel, est-ce que vous avez entendu un extraordinaire chant du coq dernièrement? Autant lui demander s'il avait entendu l'horloge de la mort claquer des mandibules. Il me jeta un long regard éffaré, douloureux, indicible, et reprit sans un mot ses labeurs dérisoires."

HERMAN  MELVILLE     [COCORICO]   1853

17:53 Publié dans Livre | Lien permanent | Commentaires (0)

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