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04/09/2010

Elle était libre, après tout.

"Manon ne cessait de pleurer et de réclamer sa mère; elle hurlait et s'étouffait, passait d'une crise de larmes à une crise d'asthme et refusait d'aller à l'école. Quant à Clément, il n'ouvrait pas la bouche et ne répondait plus à mes questions que par des hochements de tête absents et indéchiffrables.

J'avais eu un mal de chien à convaincre mon beau-père, il ne voyait pas la nécessité de s'arracher à son appartement, à la mer et au soleil de St Raphaël, qu'il contemplait de sa terrasse, un Stetson ivoire vissé sur le crâne et un verre de gin à la main. Il vivait là-bas une retraite imbécile et paisible, tanné comme un vieux crocodile, une vie de célibataire en peignoir avec vue sur le bleu intense, sorties à la voile, cigares et parties de bridge, pétanque à l'ombre des palmiers, cocktails au bras de tropéziennes tirées à craquer, dans des cafés aux devantures éclairées de néons roses...Ce type m'avait toujours regardé de travers, il ne m'avait jamais aimé ni accordé la moindre confiance et le départ de Sarah n'arrangeait rien;il m'observait d'un oeil torve et se demandait à voix haute ce que j'avais bien pu lui faire pour qu'elle s'en aille ainsi sans prendre aucune affaire , ni vêtements ni brosse à dents; quittant un bref instant l'écran des yeux, il m'avait interrogé d'un mouvement de tête; je m'étais contenté de lui répéter ce que m'avait dit l'inspecteur et lui de hausser les épaules. A ce qu'il lui semblait, ce type avait sûrement raison,il paraissait connaitre son affaire et plein de bon sens. Lui-même n'avait d'ailleurs jamais pensé autre chose et ne comprenait pas qu'on se mette, les enfants et moi, dans des états pareils, elle était libre, après tout et il suffisait de partager notre vie un jour ou deux pour comprendre qu'elle ait choisi de prendre l'air. Sur ce, il avait enfourné dans sa bouche une énorme poignée de maïs soufflé, s'était recalé dans le canapé et replongé en baillant dans l'intrigue de sa série policière. Je l'avais congédié le soir même en me maudissant de m'être adressé à lui. Qu'est-ce qui m'avait pris? Sarah elle-même le prenait pour un con doublé d'un égoïste. Le ledemain, j'étais allé voir un médecin et je n'avais pas eu à le convaincre de quoi que ce soit, mes yeux rougis, ma tension nerveuse et les larmes que je n'avais pas su retenir en lui exposant mon cas, tout plaidait en ma faveur . Il m'avait délivré un arrêt de travail."

OLIVIER  ADAM   [Des vents contraires]

14:25 Publié dans Livre | Lien permanent | Commentaires (0)

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