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17/09/2010

Mon délai de désistement

"Mon cher Christophe Casanove, je ne t'écrirai pas de nouveau, mais c'est à toi que je m'adresse in petto, comme on parle seul parfois, bien avant de devenir fou, entrainé par le pas d'une promenade, un air chantonné et, sans qu'on y prenne garde, une phrase que l'on croit seulement pensée dans la pudeur du silence passe le détroit des lèvres et s'échappe dans un murmure. Un passant se retourne. Ou seul en auto au feu rouge, en se grattant le nez ou se tordant le cou pour taquiner un bouton de fièvre dans le rétroviseur, ou dans la monotonie d'une autoroute, plusieurs répliques se suivent, on anticipe une conversation qui n'aura jamais lieu, en tous cas pas en ces termes qui nous donnent le beau rôle. Christophe, j'ignore la durée de ce que tu appelles" mon délai de désistement", voilà de nombreuses semaines que je t'ai proposé une rencontre, tu m'as promis de me téléphoner pour prendre rendez-vous. Je n'accorde pas autant d'importane que toi à ces retrouvailles, je les souhaite avec nostalgie et sans mélancolie, je n'ai pas l'inquiètude de savoir"combien sera rude le combat dans lequel notre complicité émoussée affrontera notre désenchantement", ces mots ne me concernent pas, pas de combat, pas d'affrontement, pas de désenchantement. Rien ne dit que la complicité dont tu parles est émoussée, il est ainsi des partitions qui avaient glissé derrière le piano, en poussière, jaunies, fripées, disparues, jamais jouées et qui, remontant des limbes un soir de ménage ou de déménagement, posées sans y croire sur le lutrin, retrouvent sous les doigts du pianiste la fluidité d'un air sifflé la veille, comme si on ne l'avait jamais oublié."

JEAN-BAPTISTE  HARANG     [Nos coeurs vaillants]

14:26 Publié dans Livre | Lien permanent | Commentaires (0)

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