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08/10/2010

La vertu brille partout

"Mais pourquoi tous les gens se contactent-ils, pourquoi veulent-ils tous se changer en petite monnaie, occuper le moins de place possible, s'effacer."je me suis caché, passez outre , je vous prie, et ne me remarquez pas; ayez l'air de ne pas m'avoir vu, passez, passez"

-Mais de qui parlez vous? Qui se contracte?

-Mais c'est le bourgeois.

Pourquoi a t-il caché quelque part tous les pauvres et pourquoi assure-t-il qu'ils n'existent pas du tout?Pourquoi se contente-t-il de la littérature payée par le gouvernement?...Pourquoi au théatre , donne-t-on aux maris un aspect si noble et si cossu alors que les amants sont si déguenillés, sans situation, ordures des plus viles? Pourquoi lui semble-t-il  que toutes les épouses sans exception sont fidèles à l'extrême, que le foyer prospère, que le pot-au-feu cuit sur le feu le plus vertueux? Pourquoi a-t-on convenu ainsi et signé? Mais comment donc si on ne l'avait pas fait, on se mettrait peut-être à penser que l'idéal n'est pas atteint, que Paris n'est pas encore un parfait paradis terrestre, que le bourgeois n'est pas encore tout à fait content de cet ordre auquel il tient et qu'il impose à tout le monde, qu'il y a dans la société des lacunes qu'il faut combler. Voilà pourquoi le bourgeois met de l'encre sur les petits trous de ses chaussures, pourvu, Dieu nous en préserve, qu'on ne remarque rien.Et les épouses mangent des bonbons, se gantent. Que faut-il de plus pour le bonheur parfait? Voilà pourquoi un titre de roman comme"la femme, le mari et l'amant" n'est plus possible dans les circonstances actuelles parce que les amants n'existent pas et ne peuvent pas exister. Et s'il y en avait à Paris autant que de grains de sable dans la mer(et il y en a peut-être plus); quand même; il ne peut pas y en avoir puisqu'on en a convenu et décidé ainsi, car la vertu brille partout; Il vous arrivera de verser une larme d'attendrissement; les maris innombrables se promènent avec leurs épouses innombrables, bras dessus, bras dessous; leurs enfants gentils et bien élevés, gambadent tout autour, la petite fontaine babille et le jaillissement monotone de l'eau évoque quelque chose de paisible, de doux, de quotidien.. si bien que le coeur s'en réjouit."

FIODOR  DOSTOïEVSKI   [Le bourgeois de Paris]

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