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16/10/2010

Projet d'introduction du saumon au Yemen

"Bienvenue dans ma maison, Dr Alfred! m'at-il déclaré en me tendant la main. Je me suis avancé pour la prendre et Harriet a annoncé:

Puis-je vous présenter Son Excellence Cheik Muhammad ibn Zaidi bani Tihama?

Je lui ai serré la main et puis Malcolm est arrivé avec un plateau d'argent où se trouvaient un whisky and soda déjà versé et deux flütes de champagne; Cheik Muhammad a pris le whisky et Malcolm m'a demandé si le champagne me convenait ou si je préfèrais autre chose.

Vous êtes surpris que je boive de l'alcool, a relevé Cheik Muhammad dans un anglais excellent. Bien sûr, je ne bois jamais chez moi au Yemen, mais quand j'ai découvert que le whisky était une eau-de-vie, j'ai pensé que Dieu comprendrait et me pardonnerait un peu si j'en buvais de temps à autre en Ecosse.

 Il a bu une petite gorgée de whisky et ses lèvres ont formé silencieusement un "Ah" de satisfaction...

D'un geste, il nous a invités à nous asseoir et nous nous sommes mis à parler du projet saumon. Malgré l'heure tardive à laquelle j'écris ces lignes, je me rappelle très clairement les propos du cheik

-Dr Alfred, j'apprécie énormément le travail que vous avez déjà fait sur l'ébauche de projet d'introduction du saumon au Yemen; j'ai lu votre proposition et l'ai trouvée excellente. Naturellement, vous devez penser que nous sommes tous complètement fous.

J'ai bredouillé de vagues protestations du genre "Voyons, mais pas du tout" qu'il a balayées d'un geste détaché.

mais bien sûr que si, vous êtes un scientifique et un très bon d'après mes informations. Et voilà des arabes qui débarquent en racontant qu'ils veulent des saumons au Yemen pour les pêcher. Mais c'est bien naturl que vous nous trouviez complètement fous. Depuis les années que je séjourne dans ce pays, j'ai observé une chose curieuse, a repris Son Excellence. Me permettez vous de parler franchement de vos compatriotes?(J'ai acquiescé du chef mais il tenait mon accord pour acquis puisqu'il a enchainé presque aussitôt. Il y a encore énormément de snobisme dans ce pays. Chez nous, il existe aussi de nombreuse différences de rand social, mais tout le monde les accepte sans discussion; par exemple, je suis un cheik de la classe sayyid, mes conseillers sont des cadis, les employés de mes domaines sont des nuqqa ou même des akdham; chacun connait sa place et parle aux autres sans retenue ni peur du ridicule; ce n'est pas le cas ici en Grande-Bretagne, personne n'a l'air de savoir à quelle classe il appartientQuelque soit leur classe d'origine, les gens cherchent à donner l(impression qu'ils sont issus d'une autre; votre classe des sayyid adopte le langage des nuqqa pour ne pas se faire remarquer; ils ne parlent pas comme des lords amis comme des chauffeurs de taxi de peur que l'on ait mauvaise opinion d'eux; votre pays est bourré de préjugés de classe."

PAUL   TORDAY       [Partie de pêche au Yemen]

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