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31/10/2010

Le petit théatre de Moscou

"C'est Orel qui a tiré, et dans la même seconde, la façade d'un bâtiment, cinquante mètres plus loin, vomit, à l'impact, un geyser horizontal de débris, de fumée, dans lequel passe, comme un mouvement de cape, une grande pièce de tissus clair, tenture, rideau, couvre-lit. Les morceaux n'ont pas fini de retomber que les fantassins se sont précipités dans l'édifice crevé. D'autres accroupis contre le mur d'en face, leurs armes braquées vers la façade, guettent. Un bouillon de feu jaillit d'une fenêtre, devient un nuage d'encre, qui stagne au droit du sol. L'infanterie nettoie les appartements au lance-flammes. On repart.

Ilya embraie trop brusquement. Le moteur cale. Ivan donne du front contre la coupole mais son casque amortit le choc. Il ne s'explique pas que çà ait fait ce bruit assourdissant. Lorsqu'il peut à nouveau regarder devant, il découvre que le "Petit Théatre de Moscou" s'est transformé en volcan. La tourelle arrachée est retombée à dix mètres et une furieuse flamme rouge s'élève, à la verticale, jusqu'à hauteur des toits -les gargousses qui brûlent. "Orel" est immobilisé un peu plus loin, intact, apparemment, quoique le souffle ait dû le secouer, avec ses occupants. Ivan, les yeux sur la colonne de feu, répète: "Mon Dieu, mon Dieu." Il devrait donner l'ordre au conducteur de venir se placer près d'"Orel" et répète: "mon Dieu."

PIERRE  BERGOUNIOUX   [ Le baiser de sorcière ]

13:49 Publié dans Livre | Lien permanent | Commentaires (3)

21/10/2010

Le souci de l'autre.

A.k -En tant qu'agnostique, la vie n'a pour moi ni sens ni but: elle est; Un jour, elle disparaitra. Il n'y a pas de dessein du vivant, pas plus de l'humain que de la plante verte ou de l'insecte.

En revanche,le statut particulier de l'homme le place devant un paradoxe philosophique: alors même que sa vie n'a pas de sens en soi, il ne peut pas, étant doté de raison et de conscience, manquer de se poser la question du sens qu'il désire donner à sa propre vie. Puisque personne n'a crée l'être humain, ni ne l'a investi d'une mission, son seul mode de détermination est subjectif.

L'un des éléments qui me guident au premier chef est le souci de l'autre, comme je te le disais;pas parce que je suis un homme bon, mais parce qu'on est rarement bien tout seul. Le plaisir de vivre, c'est aussi la société de l'homme. Une chose est incontestable, contribuer à l'épanouissement et à la satisfaction d'autrui me procure de la joie.

L'autre élément auquel je me réfère réside dans la valeur négative certaine, sur le plan intellectuel comme sur le plan moral , du gâchis. Il consiste pour moi en un potentiel qui ne se déploie pas, comme détenir le pouvoir d'agir en faveur des autres, d'élever leur niveau de conscience et de n'en rien faire.

J.F.K- c'est pour cela que tu es devenu médecin?

A.K Plutôt par élimination. Papa était philosophe, toi historien, Olivier chimiste..Pour ne pas entrer en concurrence frontale avec vous, que me restait-il? Je n'ai rien vu d'autre que la médecine, c'est extrêmement gratifiant de soigner des gens, notre rôle est évident. Quand tu sauves quelqu'un de la mort, tu ressens un bonheur extraordinaire. L'intensité est , hélas, la même lorsque tu échoues, et c'est alors parfois épouvantable.Mais très rapidement, j'ai trouvé cela insuffisant, je voulais approcher la médecine par son versant scientifique; si l'on est capable d'édifier de nouveaux concepts, de trouver de nouveaux remèdes, alors, il est impératif de le faire."

AXEL KAHN et JEAN-FRANCOIS KAHN    [Comme deux frêres ]

 

16/10/2010

Projet d'introduction du saumon au Yemen

"Bienvenue dans ma maison, Dr Alfred! m'at-il déclaré en me tendant la main. Je me suis avancé pour la prendre et Harriet a annoncé:

Puis-je vous présenter Son Excellence Cheik Muhammad ibn Zaidi bani Tihama?

Je lui ai serré la main et puis Malcolm est arrivé avec un plateau d'argent où se trouvaient un whisky and soda déjà versé et deux flütes de champagne; Cheik Muhammad a pris le whisky et Malcolm m'a demandé si le champagne me convenait ou si je préfèrais autre chose.

Vous êtes surpris que je boive de l'alcool, a relevé Cheik Muhammad dans un anglais excellent. Bien sûr, je ne bois jamais chez moi au Yemen, mais quand j'ai découvert que le whisky était une eau-de-vie, j'ai pensé que Dieu comprendrait et me pardonnerait un peu si j'en buvais de temps à autre en Ecosse.

 Il a bu une petite gorgée de whisky et ses lèvres ont formé silencieusement un "Ah" de satisfaction...

D'un geste, il nous a invités à nous asseoir et nous nous sommes mis à parler du projet saumon. Malgré l'heure tardive à laquelle j'écris ces lignes, je me rappelle très clairement les propos du cheik

-Dr Alfred, j'apprécie énormément le travail que vous avez déjà fait sur l'ébauche de projet d'introduction du saumon au Yemen; j'ai lu votre proposition et l'ai trouvée excellente. Naturellement, vous devez penser que nous sommes tous complètement fous.

J'ai bredouillé de vagues protestations du genre "Voyons, mais pas du tout" qu'il a balayées d'un geste détaché.

mais bien sûr que si, vous êtes un scientifique et un très bon d'après mes informations. Et voilà des arabes qui débarquent en racontant qu'ils veulent des saumons au Yemen pour les pêcher. Mais c'est bien naturl que vous nous trouviez complètement fous. Depuis les années que je séjourne dans ce pays, j'ai observé une chose curieuse, a repris Son Excellence. Me permettez vous de parler franchement de vos compatriotes?(J'ai acquiescé du chef mais il tenait mon accord pour acquis puisqu'il a enchainé presque aussitôt. Il y a encore énormément de snobisme dans ce pays. Chez nous, il existe aussi de nombreuse différences de rand social, mais tout le monde les accepte sans discussion; par exemple, je suis un cheik de la classe sayyid, mes conseillers sont des cadis, les employés de mes domaines sont des nuqqa ou même des akdham; chacun connait sa place et parle aux autres sans retenue ni peur du ridicule; ce n'est pas le cas ici en Grande-Bretagne, personne n'a l'air de savoir à quelle classe il appartientQuelque soit leur classe d'origine, les gens cherchent à donner l(impression qu'ils sont issus d'une autre; votre classe des sayyid adopte le langage des nuqqa pour ne pas se faire remarquer; ils ne parlent pas comme des lords amis comme des chauffeurs de taxi de peur que l'on ait mauvaise opinion d'eux; votre pays est bourré de préjugés de classe."

PAUL   TORDAY       [Partie de pêche au Yemen]