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06/11/2010

Voilà votre fille, monsieur Abgrall,

"...affirma l'infirmier allégrement, vous êtes content de la voir. Le vieillard considéra Gloire intensément, un poil trop longuement. C'est bien, dit-il, vous venez pour la distribution, c'est bien; vous venez pour la contribution, asseyez-vous. Il se tourna vers sa contemporaine, elle vient pour la rétribution, lui confia t-il à mi-voix.

Nonobstant les activités calmes des vieilles dames alentour, crochet, tricot, confection de fleurs artificielles, de paniers d'osier, pas mal de bruit régnait quand même à l'ergothérapie. Dans leurs fauteuils de fils plastiques souillés sur tubulures piquetées d'oxyde, des édentés extravertis se balançaient périlleusement, d'autres chantaient en choeur"Ah, la troublante volupté de la première étreinte", l'odeur était spéciale et la télé à fond; est-ce qu'on ne pourrait pas trouver un endroit plus tranquille? je vais tâcher de vous arranger çà. Le coin était un petit salon calme obscur, meubles cirés, papiers peints à fleurs.

Alors, fit Gloire, tu vas bien?Personnellement, je vais bien mais ce sont les geais, voyez-vous. Quels geais? demanda Gloire; ce sont les geais qui ne vont pas très fort.Enfin, ils ne vont quand même pas si mal que çà. Est-ce que tu te nourris bien, souhaita savoir sa fille. Je mange mieux qu'eux, clignat-il, dix fois mieux, gloussa t-il; non, dit Gloire, je veux dire; est-ce que tu es bien nourri. C'est essentiellement chaud, répondit son père. Bien il vaut mieux que ce soit chaud. ..Tiens je t'ai apporté çà. Comme c'est aimable à vous, qu'est-ce que c'est? C'est du cognac pour toi, tu sais, comme d'habitude; Ah du cognac, moi qui n'en ai jamais bu. Tu parles, dit Gloire mais le vieil homme n'eut pas l'air d'enregistrer ce commentaire non plus. Bon, dit-elle, je vais devoir y aller. c'est vrai, fit-il ,n'allez surtout pas vous mettre en retard."

JEAN  ECHENOZ     [Les grandes blondes]

Commentaires

C'est que j'ai lu le suivant avant le précédent, tu vois... Mais en même temps, la jeunesse garde la force, l'avenir et la foi. C'est tant mieux : on sait qu'en penser... J'aime Echenoz, je n'aime pas Simon (comme quoi...).
Amitiés AME.

Écrit par : PdB | 17/11/2010

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