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26/11/2010

Nous serons revenus au temps des serfs

"Si ce gars-là travaille pour trente cents, moi, je marche à vingt-cinq.

Il accepte vingt-cinq? Je le fais pour vingt.

Attendez, c'est que j'ai faim, moi; Je travaille pour quinze cents, ; si vous voyiez les gosses, dans quel état ils sont, ils ont des espèces de clous qui leur poussent, à peine s'ils peuvent remuer, leur ai donné des fruits tombés et maintenant, ils ont le ventre enflé; prenez moi, je travaillerai pour un morceau de viande.

Bonne affaire, les salaires baissaient , les grands propriétaires se frottaient les mains et envoyaient de nouveaux paquets de prospectus pour faire venir encore plus de monde; les salaires baissaient sans faire tomber les prix.

D'ici peu, nous serons revenus au temps des serfs.

Là-dessus, les grands propriétaires et les sociétés foncières eurent une idée de génie; un grand propriétaire achetait une fabrique de conserves et dès que les poires et les pêches étaient mûres, il faisait baisser les cours en dessous du prix de revient; en qualité de fabricant, il se vendait à lui-même les fruits au cours le plus bas et prenait son bénéfice sur la vente ds fruits en conserve; mais les petits fermiers qui n'avaient pas de fabriques perdaient leurs fermes au profit des grands propriétaires, des banques et des sociétés propriétaires de fabriques, les fermes se raréfiaient de plus en plus; les petits fermiers allaient habiter la ville le temps d'épuiser leur crédit et de devenir une charge pour leurs amis et leurs parents; finalement, ils échouaient eux-aussi sur la grand-route où ils venaient grossir les rangs des assoiffés du travail, des forcenés prêts à tuer pour du travail.

Les vergers regorgeaient de fruits et les routes étaient pleines d'affamés; les granges regorgeaient de produits et les enfants devenaient rachitiques, leur peau se couvrait de pustules, les grandes compagnies ne savaient pas que le fil est mince  qui sépare la faim de la colère."

JOHN STEINBECK     [ Les raisins de la colère ]

 

17:41 Publié dans Livre | Lien permanent | Commentaires (1)

Commentaires

Rien n'a changé, hein...

Écrit par : PdB | 01/12/2010

Les commentaires sont fermés.