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31/01/2011

Téhéran 15 mars 1926

"Aujourd'hui se trouvant être l'anniversaire du Shah(bien que la rumeur prétende qu'il ne connait ni le jour de sa naissance ni son âge, étant de basse extraction), le ministère des Affaires étrangères a donné hier soir un diner en son honneur. Donc, à 18h15, une immense automobile jaune vient se ranger devant notre porte. Harold en uniforme à broderies d'or, une petite épée entre les jambes; Vita moqueuse mais parée d'émeraudes; l'escorte en écarlate et blanc( le ministre en tient pour l'épate, il pense que çà impressionne les Persans). Les sentinelles présentent les armes; les bottes des sentinelles sont toutes boueuses; à peu près tout ici est vraiment de la pacotille. Soixante-dix personnes à table; la porcelaine n'est pas assortie; il en manque trop pour que çà suffise aux besoins. Les ministres Persans ont revêtu leurs habits d'apparat: de vieilles robes de chambre crasseuses en cachemir, avec des chemises de soirée sans col; le diner froid; j'échappe au sort peu enviable de me trouver entre deux Persans incapables de parler en autre chose que leur propre langue; à la place, j'ai Sir Percy, qui est aimable, et le ministre belge qui me raconte des histoires sur l'empereur de Corée...La cérémonie va être le théatre d'un incident regrettable : toutes les assiettes sales ont été entassées sous le siège de Sir Percy; tous les couteaux et fourchettes sales sous le mien, de telle sorte que , lorsque nous nous levons et repoussons en arrière nos chaises, il y a un fracas retentissant de vaisselle entrechoquée....Telle est la vie diplomatique."

Ta V.

VITA SACKVILLE- WEST      VIRGINIA WOOLF   [ Correspondance   1923-1941 ]

14:10 Publié dans Livre | Lien permanent | Commentaires (0)

11/01/2011

Pause

A bientôt......

A.M

07/01/2011

Enfance

Dans mon blog, dans la cadre des échanges du premier vendredi du mois, à l'initiative  du"Tiers Livre" de François Bon, j'accueille avec grand plaisir le texte choisi par Martine Sonnet du blog "L'Employée aux écritures"

http://martinesonnet.fr, dans lequel vous pourrez lire une tranche de vie qui me concerne et que j'ai relatée.

 "J'ai l'embarras du choix, il y a des livres partout, dans toutes les pièces, sur les meubles et même par terre, apportés par maman et Kolia ou bien arrivés par la poste....des petits, des moyens et des gros...

 J'inspecte les nouveaux venus, je jauge l'effort que chacun va exiger, le temps qu'il va me prendre...J'en choisis un et je m'installe avec lui ouvert sur mes genoux, je serre dans ma main le large coupe-papier en corne grisâtre et je commence....D'abord, le coupe-papier, tenu horizontalement, sépare le haut des quatre pages, attachées l'une à l'autre deux par deux, puis il s'abaisse, se redresse et se glisse entre les deux pages qui ne sont plus réunies que sur le côté.... Viennent ensuite les pages "faciles": leur côté est ouvert, elles ne doivent être séparées que par le haut. Et de nouveau, les pages "difficiles"...puis quatre pages "faciles" puis quatre"difficiles  "et ainsi de suite toujours de plus en plus vite, ma main se fatigue, ma tête s'alourdit, bourdonne, j'ai comme un léger tournis..."Arrête toi maintenant, mon chéri, çà suffit, tu ne trouves vraiment rien à faire de plus intéressant? Je le découperai moi-même en lisant, çà ne me gêne pas, je le fais machinalement..."

  Mais il n'est pas question que j'abandonne. Tout ce que je peux me permettre pour diminuer l'ennui, alléger le tournis, c'est quelques variantes: m'occuper d'abord seulement des "difficiles", en passant les "faciles".. que je garderai " pour le dessert ". Ou alors, au contraire, commencer par les faciles et terminer par les difficiles, ou soumettre à une de ces différentes méthodes des groupes dont je varierai à mon gré l'épaisseur... par exemple trois feuillets où les difficiles et les faciles vont alterner...cinq où je ne m'occuperai d'abord que des faciles.

Une fois que je me suis embarquée sue cette galère, il ne m'est plus possible de la quitter. Il faut absolument que je parvienne à ce moment où, toute les pages découpées, le livre devenu plus gros, gonflé, je pourrai le refermer, le presser pour bien l'égaliser et en toute tranquillité le remettre à sa place."

 

NATHALIE   SARRAUTE   [Enfance]