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09/04/2011

Turcs ou romains, les puissants nous avilissent

"Michel-Ange est furieux, rouge de colère, il brise deux fioles d'encre et un petit miroir, envoie bouler sans ménagement le singe à l'autre bout de la pièce puis rappelle Manuel, le drogman qui, après lui avoir traduit le rouleau offert par le sultan, a cru plus sage de s'éclipser.

-Trouvez moi Mesihi, crie- t-il.

Manuel s'exécute aussitôt et revient une heure plus tard avec le poète secrétaire.

-Qu'est-ce que c'est que çà, demande l'artiste en désignant le papier, sans autre préambule, sans même  saluer celui qui aimerait tant être son ami.

C'est un cadeau du sultan, maestro. Un titre de propriété. Un immense honneur. Les étrangers sont exclus de ces bénéfices; à part toi, Michelagnolo.

Mesihi est à la fois triste et fâché du courroux de Michel-Ange. Comment ne comprend-t-il pas que ce parchemin représente un hommage exceptionnel?

-Tu me dis que je suis propriétaire d'un village dans une contrée perdue dont j'ignore tout, c'est cela,

-En Bosnie, c'est exact. Un village, les terres qui s'y rattachent et tous leurs revenus.

-C'est donc cela mes gages?

-Non, maestro, c'est un présent. Tes gages te seront versés une fois le chantier avancé.

...Turcs ou romains, les puissants nous avilissent.

Michel-Ange comprend que Bayazid le tient en son pouvoir jusqu'à ce que bon lui semble.

Il regarde Mesihi avec haine, avec une telle haine que le poète, s'il n'était pas au moins aussi orgueilleux que le sculpteur, en éclaterait en sanglots."

MATHIAS   ENARD   [ Parle-leur de batailles, de rois et d'éléphants ]

 

18:30 Publié dans Livre | Lien permanent | Commentaires (0)

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