2348

Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

24/06/2011

Un de ces besoins pressants

"Dans ce carrosse, lors des voyages, il y avait toujours beaucoup de toutes sortes de choses à manger: viandes, patisseries, fruits. On n'avoit pas sitôt fait un quart de lieue que le roi demandait si on ne voulait pas manger. Lui, jamais ne goûtait à rien entre ses repas, non pas même à aucun fruit, mais il s'amusoit à voir manger et manger à crever; il fallait avoir faim, être gaie et manger avec appêtit et de bonne grâce, autrement, il ne le trouvoit pas bon, et le montroit même aigrement. On faisoit la mignonne, on vouloit faire la délicate, être du bel air...

J'ai ouî conter à la duchesse de Chevreuse, que le roi a toujours fort aimée et distinguée,qu'allant dans son carrosse avec lui de Versailles à Fontainebleau, il lui prit au bout de quelques lieues un de ces besoins pressants auxquels on ne croit pas pouvoir résister. Le voyage étoit tout de suite  et le roi arrêta en chemin, pour diner sans sortir de son carrosse; le repas, si ménagé qu'elle le put faire, redoubla l'extrêmité de son état. Prête par moments à etre forcée de l'avouer et de mettre pied à terre, prête aussi très souvent à perdre connoissance, son courage la soutint jusqu'à Fontainebleau où elle se trouva à bout; en mettant pied à terre, elle vit le duc de Beauvilliers, arrivé de la veille avec les enfants de France, à la portière du roi; au lieu de monter à sa suite, elle prit le duc par le bras et lui dit qu'elle alloit mourir si elle ne se soulageoit.Ils traversèrent un bout de la cour Ovale, et entrèrent dans la chapelle de cette cour, qui, heureusement se trouva ouverte et où on disait des messes tous les matins; la nécessité n'a point de loi. Mme de Chevreuse se soulagea pleinement dans la chapelle de cette cour derrière le duc de Beauvilliers qui en tenoit la porte.

Je rapporte cette misère pour montrer quelle étoit la gêne qu'éprouvoit journellement ce qui approchait le roi avec le plus de faveur et de privance; ces choses qui semblent des riens et qui sont des riens en effet caractérisent trop pour les omettre; le roi avoit quelquefois des besoins et ne se contraignoit pas de mettre pied à terre; alors, les dames ne bougeaient de carrosse."

Mémoires complets et authentiques   [ LOUIS de SAINT SIMON ]

16:23 Publié dans Livre | Lien permanent | Commentaires (0)

Les commentaires sont fermés.