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20/09/2011

ça sentait le roussi

"Ne restait plus qu'une statégie à adopter: faire de ce Ferdinand Toussaint, de cet original solitaire qui maintenant était là comme les cheveux sur la soupe, un camarade et peut-être le temps aidant un complice. Sans se concerter , sans même savoir que l'autre aurait la même idée, chacun prit donc in petto la décision de le séduire.

Le petit bonhomme débonnaire devint alors l'objet des attentions les plus complaisantes. On lui offrait une friture de gardons, une livre d'anguilles encore toute frétillantes de fraicheur, un kilo de pommes et des légumes du marais dont on disait qu'on en avait beaucoup trop.

Ferdinand Toussaint accueillait toutes ces offrandes avec force remerciements et invitait chacun à entrer dans son logis; on sifflait alors d'admiration non feinte davant les murs impeccablement enduits, les parquets cirés, les carrelages et les gros meubles de bois massif....On remarquait du coin de l'oeil qu'il n'y avait pas de télévision dans cette maison, qu'il y avait bien un écran posé sur un petit bureau mais que c'était celui d'un ordinateur. Et puis, on notait, effaré, la quantité effroyable et désordonnée des livres sur d'épaisses étagères fixées aux murs mais aussi sur les meubles, par terre, sur la table, sur le lit, partout où il y avait une petite place.

On repartait d'ici vraiment pas rassuré; pas de télé, un ordinateur et des livres, des livres à foison, des énormes, des moyens, des grands, des minces, des épais! ça sentait le roussi; et ça se mit même à sentir carrément le brûlé quand on apprit épouvanté, chacun à son tour et toujours en se figurant être le seul à détenir un redoutable secret que Ferdinand Toussaint était un magistrat à la retraite, un juge, un chat fourré! En un mot comme en cent, un gars qui avait passé sa vie à expédier toutes sortes de contrevenants en prison! "

 

BERTRAND  REDONNET   [ Le théâtre des choses ]

 

11:52 Publié dans Livre | Lien permanent | Commentaires (0)

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