2348

Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

27/11/2011

la charmante Démocratie

"Au dernier rang de l'appareil, où les dossiers ne peuvent pas s'incliner, près des portes des toilettes où les gens patientent en donnant des coups de genou à votre accoudoir, il ne manquait au bonheur de ce passager solitaire que d'être assis comme il l'est à côté des parents d'un enfant mal élevé; la molle mère laisse hurler ce fils qui réclame ci ou ça, jouer, boire, marcher, prendre, prendre, marcher, boire,jouer, vouloir, vouloir! Et surtout empêcher ses parents d'être libres, tandis que le père maintient une posture hargneuse. On sent bien que si le voisin anéanti demandait du calme, il s'entendrait aigrement demander s'il aime les enfants. Il y a des tyrans de toutes sortes. Celui-ci terrorise sa portion d'avion comme un Chavez, et le niveau d'irritation ou de passivité auquel peuvent conduire ces petits casse-pieds est un résumé de l'histoire des peuples. L'un d'eux apparaît, il prend toute la place sonore, fait oublier tout ce qu'il y a autour, une très grande majorité de gens décents, attentifs, courtois, patients. Ils ont tort de l'être. Bientôt le criard, aidé d'une minorité infime mais active, conduit l'avion vers le pire. Contre la jambe de cet enfant dont je vois le nez s'aplatir, les narines s'élargir, les lèvres s'épaissir et les yeux rétrécir, lui donnant un air de masque indien, et qui se met à sourire en chemise rouge et en tendant les bras en l'air, une petite fille lève vers lui un regard admiratif. C'est sa petite soeur soumise, la charmante Démocratie."

CHARLES  DANTZIG    [ Dans un avion pour Caracas ]

14:24 Publié dans Livre | Lien permanent | Commentaires (0)

Les commentaires sont fermés.