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03/01/2012

Tout le monde semblait boire ses paroles

"Nous étions arrivés le lundi, vingt cadres de la boite dans la même voiture d'un TGV bleu. Trois heures de vannes grossières, de blagues de cul,  ordinairement racistes, misogynes ou homophobes, trois heures de papotages confondant de connerie, émissions télé horoscopes potins people, trois heures de discours de droite néandertalienne, aurait dit Nathan. J'avais cru mourir. Pourtant, çà ne changeait pas du bureau, des pauses café du réfectoire. Avec moi, bien sûr, ils y allaient doucement, ils avaient vite compris que je n'étais pas des leurs, ils me jugeaient distante, timide, effacée, coincée mais çà ne me dérangeait pas, j'étais au travail pour le travail, et la vraie vie était ailleurs, croyais-je..je me trompais, personne ne reste longtemps à la fois dehors et dedans, personne ne tient longtemps en lisière. Une même vie. Peu à peu rognée, corrompue, viciée. J'ai simplement mis du temps à réaliser que ce n'était pas la mienne....

Heureusement, le séminaire commençait en douceur, les choses sérieuses ne débuteraient que le lendemain, les jeux de rôle succéderaient aux simulations. Un type en costume est entré dans la salle, par endroits sa peau rougissait en plaques aux contours imprécis, il nous a parlé pendant plus d'une heure. On avait l'impression qu'il s'adressait à des demeurés, articulait des phrases indigentes et souriait en permanence comme un animateur de télévision. Tout le monde semblait boire ses paroles, tout le monde était suspendu à ses lèvres. Aucune des phrases qu'il prononçait ne me parvenait, mon esprit s'égarait dans la mer, on aurait dit qu'elle effaçait chacune des paroles qui s'échappait de sa bouche, on aurait dit qu'elle les réduisait en poussière, les désossait jusqu'à leur ôter le peu de sens qu'elles possédaient encore , comme on épuise un mot en le répétant indéfiniment. A la pause  café, ils étaient nombreux à se presser autour de lui, à vouloir connaitre son avis sur tel ou tel cas concret..à la plupart, il répondait en tendant sa carte de visite; y figuraient son nom, son téléphone, et son titre de consultant en management d'équipes, gestion de conflits. Les autres le fixaient d'un air gourmand; de nouveau, j'ai eu envie de frapper au careau, de réveiller tout le monde.. nous sommes retournés nous asseoir à nos places, le consultant nous a regardés avec un large sourire aux lèvres, voilà, le grand moment du séminaire était venu, la fameuse surprise, nous allions accueillir ici un grand compétiteur,plusieurs fois sacré champion du monde de sa spécialité, qui avait fait rêver des centaines de milliers de femmes (clin d'oeil en direction de la part féminine de l'assistance, cinq représentantes de l'espèce sur vingt) et sûrement quelques hommes aussi(rires gras)."

OLIVIER  ADAM     [ Le coeur régulier ]

14:26 Publié dans Livre | Lien permanent | Commentaires (3)

Commentaires

Voilà un auteur que je m'en vais lire bientôt, c'est au programme (en même temps, de programme je n'en ai guère, je m'en fiche un peu, mais je m'y tiens même si je ne l'écris pas; je le tiens à jour quelque part dans ma mémoire : merci de m'y refaire penser...

Écrit par : PdB | 13/01/2012

Merci d'avoir un blog interessant

Écrit par : Emaiseammog | 01/06/2012

merci du regard que vous portez sur mon blog; A.M.E

Écrit par : Emery | 01/06/2012

Les commentaires sont fermés.