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29/01/2012

près de quarante-cinq ans plus tard

"Contre toutes mes habitudes, je descends, à pied, jusqu'au bistrot de Courcelle, acheter des cigarettes. Je songe, chemin faisant, à l'espèce de folie d'étude qui m'a pris, à l'adolescence et qui ne m'a plus quitté. Il me vient, près de quarante-cinq ans plus tard, le même mécontentement extrême qu'alors de n'être pas à la tâche infinie, vitale, de clarifier l'affaire à laquelle je me trouve mélé. Quoi! Je laisserais passer un instant  sans l'employer à tenter de comprendre tel fait, petit ou grand, qui me concerne parce qu'il m'exalte ou m'accable, m'échappe, est! Je n'aurai pas vécu; Ce que j'ai eu d'existence, d'insouci relatif, de liberté d'esprit, d'oubli, se ramène aux années de l'enfance et de la prime adolescence , à Brive. C'est que je n'avais pas conscience de la situation ou plutôt qu'il semblait exclu d'en prendre conscience. De la seconde où l'éventualité contraire m'est apparue, elle m'a accaparé, tout entier, tout le temps. J'aurai passé de la jeunesse à la vieillesse dans cette obsession. Lorsque ces derniers jours, il m'a semblé que j'allais mourir, je cherchais aux pires moments, un appui, une consolation, aux heures infiniment lointaines du commencement. Le bonheur que j'avais alors, tenait à ce que je m'étais résigné à laisser l'énigme du monde, de nos vies, à elle-même et à me nourrir des illusions à quoi nous semblions condamnés."

PIERRE  BERGOUNIOUX      [  Carnet de notes  ]    2001-2010

21:58 Publié dans Livre | Lien permanent | Commentaires (0)

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