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10/02/2012

Une respectabilité génétique

"Teresa s'en va. Pauline fait le tour du petit bassin avec Luke; elle le tire dans sa bouée en plastique sur l'eau miroitante, ondoyante et sentant l'eau de Javel. Elle a oublié pour le moment la piscine turquoise en France et pense à sa propre mère qui, elle n'emmenait pas Teresa à la piscine. Pauline réalise qu'elle ne s'intéressait pas vraiment aux enfants. Ils n'étaient à ses yeux que l'accessoire essentiel pour être membre à part entière de la société, une pièce justificative, comme une hypothèque ou une retraite. On se mariait, on s'assurait des revenus, on acquérait une maison, on avait des enfants , dans son cas un seul. Et le moment venu, votre enfant avait lui-même des enfants, vous conférant ainsi aux yeux du monde une respectabilité génétique.

Tous les six mois environ, Pauline emmenait Teresa chez ses grands-parents. Harry ne les accompagnait pas, il était évidemment toujours trop occupé. Les parents de Pauline acceptaient cette explication sans commentaires et peut-être avec soulagement. Ils ne savaient comment se comporter avec leur gendre, sa conversation les déconcertait, et sa façon de s'habiller dérangeait la mère de Pauline. "Il me semblait que tu avais dit qu'il avait maintenant un poste de professeur...Qu'est-ce que les gens vont penser s'il porte tout le temps des jeans?"

Au pire moment des années Harry, elle n'avait pu se retenir un jour de bousculer la vision béate que sa mère avait de la situation; elle l'avait déjà tenté à une ou deux reprises, mais ses efforts détournés pour combattre l'idée que sa mère s'était faite de son mariage (comme reflétant le sien ) avaient échoué.

"Harry va bien? demandait sa mère.

-oui pour autant que je sache, car je ne le vois pas beaucoup."

 Sa mère avait ignoré cette invite à un échange plus intime, car c'en était une."Il doit être débordé dans sa nouvelle situation..."

Et lorsque Pauline s'était engagée un peu plus sur la voie des confidences, sa mère avait battu en retraite comme un chat apeuré.

"Harry va bien?

-Comment le saurais-je? Il est en Amérique."

Sa mère sentant le danger , avait détourné les yeux.

" C'est une bonne chose qu'il soit si demandé....."

 

 PENELOPE   LIVELY    [ Un été au Bout-du-Monde  ]

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