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15/02/2012

coquin de sort

"Marius Pluche entra en coup de vent dans la boutique. C'était un Méridional au visage réjoui et sanguin, au corps bedonnant monté sur de petites jambes tortues.

-Eh, Marius! On prend l'apéritif? proposa Bernard.

-Non, merci, camarade, répondit Pluche en décrochant sa clef du tableau. je vais préparer le diner.

Il était chargé comme un "bourri". Heureusement, il habitait le numéro 1 et l'escalier aboutissait à sa porte.

Ouf! fit-il. Il déballa ses provisions: des olives, un lapin, du lard, une salade et deux litres de vin.

Il soupesa le lapin. "Un beau morceau, monsieur Pluche, dit-il, répétant la phrase du rôtisseur. Lapin sauté, lapin chasseur?"

Il réfléchit un instant, fit claquer ses doigts gonflés comme des saucisses, son geste favori qu'il accompagnait de "coquin de sort". Lapin sauté! cria- t-il. Et pour se mettre en train, il se versa une bonne rasade.

Pluche avait trnsformé la chambre en cuisine. Il "tomba la veste", alluma le poêle et  fit revenir le lapin. Il tendait le cou, humait l'odeur qui montait de la cocotte. Il aurait fallu du thym dans la sauce. "Té, l'ail remplace tout"! s'écria Pluche; il alla chercher le panier à salade. Elle aura le sourire en rentrant la bourgeoise!"

Il but encore un verre, croqua quelques olives; Il prit un livre qui trainait sur la table, un gros bouquin graisseux à moitié débroché. Il l'ouvrit, commença à lire mais le relent du roux devenait incommodant et il se leva pour faire un courant d'air.

Kenel qui passait sur le palier s'arrêta.

- çà sent bon le frichti! Vous n'êtes pas fatigué de cuisiner tout le temps?

-Que non pas, c'est de la ragougnasse que je fais au restaurant. Entrez, vous allez voir ce que c'est, de la cuisine.

Kenel renifla et fit claquer sa langue.

-Vous lisez des recettes? demanda- t-il.

Non, c'est "l'Homme qui rit ", du père Hugo. Un précurseur. avez vous lu "l'année terrible"?

Pluche parlait politique comme les jeunes gens de leurs amours; intarissablement.

-Moi, je suis syndicaliste- socialiste, je suis citoyen de la terre, Camarade Soleil brille pour tout le monde....

A huit heures, le lapin était cuit mais Berthe  Pluche, serveuse dans un restaurant, n'était pas de retour; elle aura fait un extra, se dit-il.

-Patron, je vous apporte mon lapin sauté; la bourgeoise n'est pas rentrée , et moi, j' sais pas manger tout seul...

Il était le seul, dans l'hötel, à ignorer qu'il était cocu..."

 

EUGENE  DABIT     [  L'hôtel du Nord  ]

 

16:43 Publié dans Livre | Lien permanent | Commentaires (0)

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