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28/03/2012

trente-deux cuvettes, Baby Girl

"On remonte Devine Street, on tourne à gauche et encore à gauche et on prend Myrtle Street où Miss Hilly a sa maison. Un tas de voitures nous dépassent et je trouve çà bizarre vu que Myrtle est une impasse. On longe le dernier virage avant la grande maison blmanche de Miss Hilly et là...

Mae Mobley montre la maison du doigt et elle rit." Regarde, regarde, Aibi !" J'ai jamais vu une chose pareille de ma vie. Il y en a des dizaines de cuvettes de toilettes! Au beau milieu de la pelouse de Miss Hilly, de toutes les formes et de toutes les tailles. Des bleues, des roses, des blanches. Avec ou sans lunette, avec ou sans réservoir pour la chasse d'eau; des modernes, des vieilles aves la chaine, . On dirait presque une foule de gens , à voir comment certaines se parlent avec leur lunette relevée, pendant que les autres écoutent sous leur lunette rabattue.

Les gens arrivent, tournent autour du petit rond-point de pelouse au bout de la rue et repartent et il y en a qui se tordent de rire.

"Une, deux, trois!" Mae Mobley commence à les compter; quand elle arrive à douze, c'est moi qui continue."Vingt-neuf, trente, trente et une, trente-deux cuvettes, Baby Girl!"

On s'approche un peu et je vois qu'il y en a plein le jardin, et encore deux dans l'allée du garage, comme un couple. Et une autre sur les marches du perron qui a l'air d'attendre que Miss Hilly lui ouvre la porte. " Tu trouves pas qu'elle est rigolote, celle-là avec.."

Cette fois, Baby Girl m'a lâché la main, elle court dans le jardin vers la cuvette rose et elle soulève la lunette. J'ai pas le temps de faire un geste qu'elle a déjà baissé sa culotte et s'est assise dessus pour faire pipi et me voilà en train de lui courir après pendant qu'une dizaine de voitures klaxonnent et qu'un type prend des photos. La voiture de Miss Leefolt  est dans l'allée derrière celle de Miss Hilly mais on les voit pas;elles sont sûrement dedans à se lamenter et à se demander ce qu'elles vont faire avec tout çà. Pourvu qu'elle aient pas vu Baby Girl en train de faire ses besoins devant tout Jackson....

Quand j'arrive chez Miss Leefolt, le téléphone sonne et çà dure toute la matinée; Miss Leefolt déboule dans la cuisine en claquant la porte, elle décroche et elle se met à parler comme une mitraillette; Moi, j'écoute et il me faut pas longtemps pour comprendre toute l'histoire en recollant les pièces et les morceaux; Miss Skeeter a bien mis la proposition de loi dans leur lettre; çà expliquait les raisons pour que les Blancs et Noirs se servent pas des mêmes toilettes. Et dessous , elle a mis l'appel pour la collecte de vêtements, en tous cas, çà aurait dû être çà; sauf qu'au lieu de vieux vêtements, elle a tapé quelque chose comme:" Déposez vos vieilles toilettes au 228 Myrtle Street; nous serons absents mais laissez les devant la porte"

 

KATHRYN   STOCKETT   [ La couleur des sentiments ]

18:25 Publié dans Livre | Lien permanent | Commentaires (0)

11/03/2012

La salle des cartes

"Le rôle des professeurs, c'est de faire visiter la salle des cartes aux étudiants. ce sont des guides, sans plus. Et ils ne connaissent que cette salle. Ce ne sont pas eux qui tracent les cartes, ils savent seulement où elles se trouvent, dans quels tiroirs, et ils le montrent aux visiteurs qui, sans eux risqueraient de se perdre. seulement, moi, je ne me perds pas aussi facilement...Certaines gens ont besoin de guides. la plupart des gens, même. Mais moi, je crois que je peux m'en dispenser. J'ai passé pas mal de temps dans la salle des cartes maintenant et je sais faire le point, je sais de quelles cartes j'ai besoin et quelles cotes je veux explorer. Et, à la façon dont souffle le vent, je naviguerai bien plus vite tout seul. Une flotille avance toujours à l'allure du bateau le plus lent, vous comprenez. Pour les professeurs, c'est pareil. Ils ne peuvent pas laisser leurs élèves à la traine et si je dois me régler sur l'allure de la classe, çà me ralentira."

JACK   LONDON    [ Martin Eden ]

11:52 Publié dans Livre | Lien permanent | Commentaires (0)

02/03/2012

Elle poursuivit sa descente

" Aomamé descendait l'escalier étroit, un simple collant aux pieds. le vent qui soufflait sur les marches découvertes était assourdissant. sa minijupe était serrée mais parfois s'engouffrait dessous une forte rafale qui la faisait gonfler comme la voile d'un yacht, soulevant Aomamé et la désequilibrant. Ses mains nues s'agrippaient avec force aux barreaux métalliques tandis qu'elle decendait à reculons, marche après marche. De temps en temps, elle s'arrêtait, chassait les cheveux qui lui tombaient sur le visage, s'assurait que son sac était bien en place.

Au-dessous, c'était la nationale 246. Aomamé était cernée par les mille échos qui composent le tintamarre urbain. Le vacarme des moteurs, les klaxons, les stridences des alarmes antivol, les véhicules des vieux groupes d'extrème droite avec leurs haut-parleurs diffusant de vieux chants nationalistes, le fracas des masses qui brisaient du béton quelque part. Un tumulte qui déferlait à 360°, venant d'en haut, d'en bas, de toutes les directions, qui dansait avec le vent, et qui, peu à peu lui donna une espèce de nausée, comme un mal de mer.

Après être descendue un certain temps, elle vit un cat-walk, une passerelle plate qui permettait de revenir vers la voie express. Elle poursuivit sa descente....

L'escalier semblait n'être pratiquement jamais utilisé et des toiles d'araignée s'y déployaient un peu partout; les bestioles noires restaient cramponnées là, attendant avec une patience exemplaire l'arrivée des petites proies. Mais une araignée n'est sans doute pas consciente d'être spécialement patiente. Un style de vie où elle n'a d'autre faculté que de filer sa toile et de rester immobile à attendre ne constitue pas un choix pour elle. sa vie se passe dans l'attente perpétuelle d'une proie, jusqu'à ce que s'épuise sa longévité et qu'elle finisse par mourir toute racornie. tout a dèjà été fixé en amont dans ses gènes. les araignées ne connaissent ni hésitation, ni desespoir ni regret. Ni doute métaphysique ni conflit moral. C'est ce qu'on suppose. Mais moi,pensait Aomamé je ne suis pas comme çà, je dois atteindre mon objectif et c'est bien pourquoi depuis la voie express n°3, je descends seule cet invraisemblable escalier, quelque part du côté de Sangenjaya, mêm si  je déchire mon collant à cette occasion."

HARUKI   MURAKAMI    [1Q84 ]    Livre I     Avril-Juin

18:44 Publié dans Livre | Lien permanent | Commentaires (0)