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12/07/2012

La fesse blanche de Taina Korolainen

"Cette fois, la rumeur était fondée: peu après la St Jean, Mme Taina Korolainen, quarante ans et mère de deux enfants adultes, chef du personnel du nettoyage ferroviaire, prit en charge la cantine du chantier. Elle expliqua être en vacances, et avoir pris en plus un congé sans solde pour tout l'été, afin d'entourer la rude vie forestière d'Eemeli de sa sollicitude féminine. les charpentiers ne purent que s'en féliciter....

Des animaux sauvages venaient épier le chantier, surtout la nuit; des renard inquiets  se faufilaient dans le soubassement de pierre de l'église, de petits levreaux de juillet broutaient en toute innocence l'oseille de l'aire d'équarissage. Compagnons confiants et peu exigeants des charpentiers , des mésangeais voletaient en silence dans les hauteurs bruissantes du faîtage. C'était un plaisif de travailler auprès d'eux du matin au soir. Deux ou trois fois une ourse des forêts de Kuhmo étendit ses voyages d'exploration jusqu'au chantier d'Ukonjärvi.

Elle venait de nuit comme sur une charogne, contemplait avec des yeux ronds la lumineuse construction au parfum de résine, humait l'odeur de la sueur et les appétissants arômes de conserve de porc et de boeuf qui flottaient autour des tentes des charpentiers. Dressée sur ses pattes de deriière, elle tentait de savoir s'il y avait quelque chose de comestible dans le camp assoupi. Elle poussa même l'effronterie jusqu'à regarder avec cependant la plus extrême prudence, par la fenêtre de la sacristie, où Toropainen et sa cantinière dormaient à poings fermés. La reine de la forêt n'était toutefois pas assez hardie pour se ruer en plein nuit à l'intérieur, la silhouette velue de Toropainen ronflant dans la pénombre avait quelque chose de trop effrayant, même pour une ourse.

La fesse blanche de Taina Korolainen, sous le coin relevé de la couverture lui mettait certes l'eau à la bouche et elle y aurait volontiers planté les crocs, mais elle préfèra dans sa sagesse, abandonner l'inspection du chantier de l'église et se retirer sur ses terres du côté de Valtimo.

Sa curiosité était satisfaite mais pas sa faim. L'ourse y remédia en transformant en chair à päté le guichetier retraité du bureau de poste de Valtimo qui cueillait des myrtilles dans la tourbière propice au meurtre de Rimminkorpi. La diablesse mit sa proie à mariner dans l'eau du marécage et s'en délecta pendant près de trois semaines.. Un vrai régal! La seule chose qui lui fit faire la grimace fut la semelle en caoutchouc des chaussures de sport du petit fonctionnaire, qu'elle recracha avec autant de soin qu'un amateur de vendaces les arêtes de sa friture."

ARTO    PAASILINNA        [ Le cantique de l'apocalypse  joyeuse ]

17:35 Publié dans Livre | Lien permanent | Commentaires (0)

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