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31/08/2012

En RDA

"Enfant, je classais les gens en fonction de leurs voitures. Les amis de mes parents, je ne les connaissais pas par leur nom mais je savais s'ils roulaient en Wartburg Tourist blanche ou en Lada 1500. La plupart conduisaient une Trabant, ce qui posait de gros problèmes d'identification. Il m'arrivait bien de noter la couleur, ou des équipements particuliers, mais au fond les conducteurs de Trabant n'étaient pas spécialement intéressants. Une Skoda bleue avec feux antibrouillards et housse en skaï sur le volant se gravait en revanche définitivement dans ma mémoire.Tout comme une Moskvitch rouge avec un canard en peluche accroché au rétroviseur. Mais ma préférence absolue allait à la Citroën Pallas GSA beige. Celle-là appartenait à Gerhard. En RDA, c'était une sorte de Ferrari. Lorsque mes grands-parents nous rendaient visite, ma plus grande joie était de pouvoir aller m'asseoir dans la Citroën, pendant que toute la famille buvait le café. Je restais des heures assis derrière le volant, à imaginer que j'étais le chauffeur d'Erich Honecker. Je n'ai aucune idée de ce qui avait pu me mettre une idée pareille en tête; cela tenait peut-être au fait que  la voiture était d'un luxe incroyable et que seul un chef d'état pouvait en être digne. Parfois Gerhard s'asseyait à côté de moi et nous jouions aux pilotes de course; j'étais le capitaine; c'était donc à moi qu'il revenait de démarrer le moteur et de tirer le levier qui faisait s'élever la voiture sans un bruit.. Mon grand-père communiste n'aurait pu me donner un argument plus puissant en faveur de la supériorité du capitalisme.

Chez nous, on se disputait beaucoup à propos de Gerhard; Wolf disait que c'était un stalinien et lorsque je demandais le sens de ce mot, Anne évacuait la question d'un geste de la main et changeait de sujet. Je sentais que quelque chose n'allait pas mais sans comprendre de quoi il s'agisait exactement. Parfois, j'entendais mes parents de disputer dans la cuisine; ils se taisaient lorsque je les rejoignais. Quand je demandais ce qui se passait, Anne répondait qu'il s'agissait de politique; je me disais à l'époque  que la politique devait être quelque chose d'assez stupide pour mettre ainsi tout le monde de mauvaise humeur."

 

MAXIM LEO     [  Histoire d'un Allemand de l'Est  ]

18:37 Publié dans Livre | Lien permanent | Commentaires (6)

Commentaires

marrant, moi c'était l'inverse (je veux dire, je classais les voitures en fonction des gens; d'ailleurs je collectionnais les prospectus qui étaient alors de papier glacé; il m'arrivait d'aller en voler dans les garages de la rue de Paris, car dans quelle ville n'y a-t-il pas de rue de Paris ?) (mais je me souviens d'une DS Pallas, mais pas GSA, le voisin en avait une, il était agent immobilier, il vivait avec sa femme qui était italienne, dans la maison contiguë à la sienne vivait son frère marié à la soeur de sa femme, ça vous fait de ces famille, mais j'invente sans doute, deux maisons semblables c'est certain cependant, au coin de Camillle Desmoulins et Davernhas, voyez comme les places reviennent, elle était grise cette voiture- elles avaient le front d'être bicolores, le toit en était noir- je ne sais plus ce que conduisait le frère, ils étaient associés de la maison immobilière, les clignotants se trouvaient dans le prolongement du toit, c'était une voiture des années soixante) (que voilà donc bien un commentaire de rentrée...) (le maire de la ville qui vivait en haut de cette rue conduisait un petit coupé Opel gris intérieur cuir rouge, pas si petit que ça tout de même et quand il passait devant la maison, il saluait je ne sais qui en levant son chapeau, quel homme étrange, petites lunettes de métal rondes, rond lui-même, jovial, sans doute à droite) (j'ai oublié les noms de ces acteurs, pas leurs voitures) (mais non, en fouillant un peu, je me souviens de ces noms que le réseau oblige à taire)

Écrit par : PdB | 31/08/2012

oui, le résultat est le même; tout çà fait remonter à la mémoire des lieux, des gens, des balades, des fêtes de nos chères années 60
Au fait, j'espère pouvoir arpenter Lisbonne pendant quelques jours en octobre et j'aimerais que tu me fasses un trajet Tabucchi; j'aime errer dans les villes avec un thème; je relis actuellement Saramago"le Dieu manchot" et c'est pas mal non plus comme idée de circuit; je ne sais plus quel Tabucchi relire.
si ce n'est pas abuser de ta bonté....
Anne-Marie

Écrit par : Emery Anne-Marie | 01/09/2012

Je ne suis pas sûr d'être de très bon conseil... J'ai lu de Tabucchi il y a peu "Une malle pleine de gens" (folio 5396) qui fait le point sur Pessoa et les "autres", sur Lisbonne aussi, avec pas mal de recommandations plutôt livresques; "Pereira prétend" est un si beau livre qu'il te faut le lire sans attendre, et même alors là-bas; il y a aussi le livre de Pascal Mercier (10-18 , 4103) "Train de nuit pour Lisbonne" qui est vraiment aussi très bien pour s'y reconnaître tout en s'y perdant (il va à Coimbra aussi remarque)... Peut être voir Belèm et la jetée qui ne débouche sur rien sinon l'océan... Le train va plus loin sur l'embouchure et c'est aussi magnifique (Caiscas par exemple, un peu loin...) Bon et beau voyage...

Écrit par : PdB | 01/09/2012

merci pour les conseils de lecture et en particulier "une malle pleine de gens"; j'ai lu depuis longtemps et recommande à tout le monde "Pereira prétend" ; je vais m'y replonger; Amitiés Anne-Marie

Écrit par : Emery Anne-Marie | 01/09/2012

Les TRABANTS m'ont toujours fascinée, sans doute parce qu'elles étaient petites, moches, toujours de la même couleur, ou plutôt de deux couleurs "standard": beige ou gris. Je me souviens de mon étonnement, lorsque du haut de la tour de télévision de Alexanderplatz, j'ai aperçu en bas (vers la fin des années 80, en tout cas avant la chute du mur) des petites taches de couleurs vives! Je ne les avais pas remarquées avant de monter, tout occupée que j'étais à regarder les gens, leurs visages (que pensaient-ils de ce qui se passait en Hongrie?) et les vitrines des magasins.
Une chose était sûre: les Trabis changeaient de couleur, il y en avait des rouges, des vertes, des bleues... et cela participait sans doute de la WENDE!
Le manque de voitures en RDA et les délais d'attente pour en obtenir une sont bien évoqués dans le délicieux film GOOD BYE LENIN, où la petite voiture apparaît enfin, comme une récompense pour la maman si éprouvée par des évènements qu'elle ignore encore...

Écrit par : petit md | 21/09/2012

merci pour ce rappel bien vivant de nos études de linguistes, JP me demande de te signaler que lui, c'était le bruit qui le fascinait.. A.M

Écrit par : Anne-Marie EMERY | 21/09/2012

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