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21/09/2012

s'émerveiller sur ses propres ruines

"Dès que la fraicheur crépusculaire Andine descend sur Cuzco, les domestiques se précipitent pour tirer les stores vénitiens de la salle de réception du grand hotel au centre de la ville. C'est tout à fait nécessaire  car les Indiens se massent sous la marquise de pierre et fixent avec insistance la clientèle. Cela met mal à l'aise les touristes, alors, on descend les stores.

Les Indiens persistent néanmoins à se coller le visage contre les barreaux de protection des fenêtres. Ils tapent sur les vitres et e sifflent entre leurs dents ou encore montrent à bout de bras des babioles hétéroclites à vendre et vont même jusqu'à gémir plaintivement, réclamant des "monies", traduction andine pour l'américain dollar...

Il n'en fut pas toujours ainsi.  Jusqu'en l'an 1532, cette cité à l'air vivifiant et aux nuits fraiches particuliers à la chaine des Andes était encore la richissime capitale de l'empire inca.Cette civilisation fut considérée comme l'unique civilisation indienne réussissant à rendre la montagne andine habitable par l'homme;la plupart des buildings de Cuzco ont été construits sur ces anciennes fondations incas, d'énormes blocs de pierres taillées qui ont résisté à quatre siècles de guerres, d'érosion,de pillage, de bouleversements géologiques, et de négligence générale.

De nos jours, l'Indien est le specimen le plus triste et le plus désespéré qui voyage sur les routes de la misère, sale, maigre,  maladif, mâchant sans cesse ces feuilles de coca qui  adoucissent la triste réalité de sa vie; sa propre culture a été réduite à quelques tas de pierre. Les archéologues ont beau prétendre que cet empilage présente un vif intêret, l'Indien n'a pas le coeur à s'émerveiller sur ses propres ruines; il y a quelque chose de pathétique dans ce gamin indien qui vous guide à, travers champs pour visiter, selon son terme des "ruinas", réclamant un salaire et vous laissant tranquille jusqu'à ce que vous vouliez  le prendre en photos, ce qui vous coûtera environ 50 centimes. Il n'y a probablement qu'un Indien sur mille qui comprenne pourquoi les gens affluent à Cuzco; les 999 autres ont d'autres préoccupations, comme trouver de quoi manger...

Monsieur Sanjines hoche tristement la tête lorsqu'il évoque ses douze ans de dévotion dans ce service agricole à essayer de convaincre les Indiens de renoncer à leurs méthodes de cultures ancestrales; un des plus grands obstacles, est une économie basée sur l'échange où l'argent est exclu. Ainsi un Indien , après avoir parcouru des kilomètres pour vendre ses produits au marché du village.. rentrait chez lui en se plaignant d'avoir été floué car tout ce que cela lui rapporta , c'était de "l'argent".

HUNTER S. THOMPSON       [ La grande chasse au requin ]

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18:41 Publié dans Livre | Lien permanent | Commentaires (0)

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