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22/10/2012

Premier essayage

samedi 22 avril 1950. dans l'appartement de la couturière...

"-La couturière. Entrez, entrez, faites pas attention, je sors à peine de débarasser mon midi, les gosses viennent de repartir. Regardez moi çà , encore des billes sur le lino. je leur dis, mais vous savez ce que c'est! Enfin  non, vous êtes toute jeune, Mademoiselle ou Madame?

-La cliente. Madame, encore que, c'est tout frais du mois de Mars. Mais les enfants, je vais pas tarder à savoir: je viens pour une robe de grossesse. c'est la boulangère qui m'a dit...

-La couturière. Enceinte? Mince comme vous êtes on devinerait jamais

-La cliente. C'est pour début septembre.... on a pris un peu d'avance

-La couturière. Y a pas de mal, sauf si vous n'étiez qu'à moitié décidés

-La cliente: Oh, c'était déjà solide, fiancés depuis trois ans

-la couturière: Juste un heureux évènement dans ce cas-là et puis, c'est la vie. Alors, votre tissus et votre modèle, que je voie...

Une popeline; vous avez eu le nez fin. Près du terme en été, même dans une robe bien ample, vous aurez chaud. Et je vous souhaite pas des jumeaux...

La cliente: Me portez pas la poisse! Déjà que çà vient quand même avant l'heure; on comptait économiser encore un peu

La couturière: mais vous savez, des jumeaux, çà arrive, faut tout prévoir. ET la première fois de toutes façons, on ne sait pas combien vous allez prendre!

La cliente: Craignez pas, je fais attention. Et puis, je travaille, vous savez, alors bien forcée de bouger. Mécanographe aux chèques postaux. On est tous les deux aux PTT, avec mon mari, lui le tri, moi les chèques.

-La couturière: Idéale, la popeline, à la fin, vous verrez çà tire, alors en plus, si faut souffrir de  la chaleur......"

 

MARTINE  SONNET      [  Couturière  ]

 

13:49 Publié dans Livre | Lien permanent | Commentaires (3)

Commentaires

Le plan "me portez pas la poisse"en parlant de jumeaux est vraiment tout à fait année cinquante (je peux bien le dire ici : mes deux soeurs en sont.
J'adore ce texte, et cette pièce que je voudrais voir représenter. En attendant, on peut se procurer ce petit bijou là : http://www.publie.net/fr/ebook/9782814596917/couturiere
Ce que j'en dis...

Écrit par : PdB | 23/10/2012

oui, ce condensé par petits bonds dans les années 50, 60, 70 et 80 de vies de femmes au franc-parler est un bijou en effet; on a tous en tête ces expressions entendues pendant nos enfances;
Tiens donc, des soeurs jumelles. tous ceux qui me connaissent savent pourquoi ce passage m'a amusée; eh bien je peux dire qu'au début des années 70 encore, les echographies n'étaient réalisées que dans les cas difficiles ; je me portais comme un charme et voilà pourquoi j'ai eu deux garçons jumeaux sans être le moins du monde avertie à l'avance; inutile d'essayer de me faire de surprise; rien ne me surprend plus depuis!

Au fait, j'ai arpenté à Lisbonne toutes les rues de "Pereira prétend" et j'ai rencontré Tabucchi et Saramago en plein "tutto-logo" au café "orchidea" ; une escapade à Lisbonne, c'est un vrai bonheur

amitiés A.M.E

Écrit par : EMERY ANNE-MARIE | 23/10/2012

Ma mère non plus n'en fut pas avertie (c'était en 50, en tunisie) on lui a dit : "attendez un peu, c'est pas fini..." (je romance)...
Et pour Lisbonne, vois-tu, l'auteur de cette costumière en est, elle aussi, coutumière... Ah, une citronnade sur l'avenue de la Liberté... Ou un verre de vin blanc à Santo Amaro... Quelle chance...!

Écrit par : PdB | 23/10/2012

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