2348

Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

02/11/2012

Elles s'effondrent comme de grasses limaces

"-Ma bonne dame, répliqua Tarvin sérieusement, personne ne vous fera du mal, si vous voulez rentrer vos vilaines petites griffes...Mais je ne puis vous laisser toucher au Maharajah Kunwar. Je suis ici pour veiller sur le petit homme. Quittez la prairie et j'y laisserai brouter ma brebis.

-De nouveau, je ne comprends plus, demanda la reine étonnée. Que vous fait la vie de cet enfant, à vous qui n'êtes qu'un étranger?

-Que me fait sa vie? Eh bien voilà ce qui s'appelle jouer cartes sur table, .... mais c'est la vie d''un enfant, ma belle! N'y at-il donc rien de sacré pour vous?

- Moi aussi, j'ai un fils, il est beau, fort et bien portant. L'autre a toujours été faible, débile et maladif depuis sa naissance. Comment fera t-il pour gouverner un peuple? Mon fils lui, sera un vrai Rajpoute, et plus tard... Mais cela n'est pas l'affaire des hommes blancs. Laissez ce pauvre être souffreteux et épuisé retourner auprès des Dieux.

-Non, et je lutterai de toutes mes forces, répliqua Tarvin avec résolution.

- Autrement, dit la reine sans paraitre s'apercevoir de l'interruption, il vivra infirme et misérable jusqu'à quatre-vingt-dix ans. Je connais cette race bâtarde de Coulou dont il sort. J'ai chanté à la porte du palais de sa mère, quand elle et moi étions gamines; moi dans la poussière, elle dans le palanquin royal. Tarvin -Sahib, je n'aurai plus d'autre fils, mais je voudrais dans l'ombre gouverner l'Etat à ma guise; je ne suis pas une femme élevée dans un palais...Celles-là... et elle désigna d'un geste dédaigneux les lumières de Rhatore...Celles-là n'ont jamais vu onduler le blé sous le vent, elle ne se sont jamais assises sur une selle, elles n'ont jamais parlé en face à des hommes, dans la rue. Elles m'appellent la Bohémienne, et s'effondrent sous leurs robes brodées comme de grasses limaces, quand la fantaisie me prend de lever la main sur la barbe du Maharajah... Leurs bardes chantent les douze siècles de leur lignage; elles sont nobles, cela est sûr! Par Indra et Allah! aussi par le Dieu de votre missionnaire, leurs enfants et le gouvernement britannique  se souviendront de moi pendant deux fois douze siècles...."

 

RUDYARD  KIPLING     [  Le Naulahka  ]

 

14:25 Publié dans Livre | Lien permanent | Commentaires (0)

Les commentaires sont fermés.